Syrie – Tortures et abus sexuels visant les garçons de plus en plus répandus, selon le HCR

Le viol, la torture et l’exploitation sexuelle visant les hommes et les jeunes garçons syriens, tant en Syrie que dans des pays d’asile, seraient plus répandus qu’on ne l’estimait auparavant, selon une étude commanditée par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Cette étude s’appuie sur les récits de plusieurs douzaines d’informateurs et des discussions avec 196 réfugiés syriens en Iraq, au Liban et en Jordanie, organisées à la fin 2016.

En Syrie, la violence sexuelle ainsi que la torture d’hommes et de jeunes garçons, sont commises par différentes parties au conflit, selon ces entretiens. Les experts du HCR ont entendu des récits évoquant des violences tant à l’égard de jeunes garçons de 10 ans que d’octogénaires.

« Quand j’étais en prison en Syrie, j’ai été torturé de toutes les manières possibles. Nous étions 80 personnes dans une cellule sans lumière pendant 30 jours. Nous étions tous nus. La nuit, ils nous suspendaient par les mains – ils nous torturaient avec de l’électricité sur les parties génitales. Ils rentraient dans la cellule pour nous violer, mais il faisait noir – on ne les voyait pas. Tout ce qu’on entendait, c’était des gens qui disaient « Stop ! Arrête ! Je pensais que j’allais mourir », a déclaré un réfugié homosexuel répondant au nom de Tarek.

Un autre réfugié a évoqué les horreurs subies par l’un de ses proches : « L’un de mes oncles a été arrêté en Syrie. Quelques mois plus tard, il a été libéré et il nous a dit – il s’est effondré devant nous en pleurant – que strictement chaque partie de son corps avait été maltraitée à la perceuse électrique. Il avait été violé… Après avoir été libéré, il a arrêté de manger et il est devenu alcoolique. Il est mort d’une insuffisance rénale».

Les gays, bisexuels, transgenre et intersexe particulièrement vulnérables

Les gays, bisexuels, transgenre et intersexe sont particulièrement vulnérables à la violence sexuelle et cette vulnérabilité ne s’arrête pas quand ces personnes quittent la Syrie. Selon les informations, les principaux auteurs de ces violences en Syrie sont les groupes armés. En dehors de la Syrie, les abus sont le plus souvent commis de manière opportuniste.

Dans les pays d’asile, la violence sexuelle subie par les jeunes garçons réfugiés provient d’autres hommes, des réfugiés comme eux, ou encore de la population locale. Par ailleurs, la forte incidence de travail des enfants parmi les jeunes garçons réfugiés syriens (jusqu’à 94% des garçons en Jordanie) est particulièrement préoccupante.

L’exploitation sexuelle et le chantage exercé auprès d’hommes et de jeunes garçons réfugiés dans les pays d’asile ont été rapportés, surtout parmi ceux qui travaillent dans l’économie informelle.

Les personnes interrogées dans le cadre de l’étude ont donné des témoignages choquants de ce qu’elles ont subi elles-mêmes ou sur ce qu’ont vécu des personnes de leur connaissance. Plusieurs d’entre elles ont évoqué des violences sévères et insupportables, notamment l’utilisation d’armes pour les agressions sexuelles. Bon nombre des agissements signalés se sont produits en détention ou dans des prisons improvisées.

L’un des jeunes garçons interrogés vivant aujourd’hui dans des pays d’asile a décrit la violence sexuelle subie ‘au quotidien’ souvent de la part d’adolescents plus âgés. Le rapport cite un employé spécialisé dans l’aide juridique expliquant que le problème est souvent décrit comme du ‘harcèlement’, mais qu’il ressort par la suite que ce sont plutôt des agissements sexuels tels que des viols. De nombreux jeunes garçons abandonnent l’école à cause du harcèlement et de la violence, y compris la violence sexuelle, ce qui aggrave encore le problème de la fréquentation scolaire pour les enfants réfugiés.

Des hommes et de jeunes garçons réfugiés travaillant dans l’économie informelle ont rapporté des cas de refus de paiement de salaires de la part de leurs employeurs s’ils n’exécutaient pas des faveurs sexuelles. Ils ont également évoqué des cas de chantage exercé au moyen de photos ou de vidéos sexuellement humiliantes prises sur des téléphones portables.

« Ces récits affligeants dévoilent la gravité du risque de violence sexuelle tant pour les femmes et les jeunes filles que pour les hommes et les jeunes garçons, comme le révèle ce tout dernier rapport », a déclaré Volker Türk, le Haut-Commissaire adjoint du HCR en charge de la protection internationale.

« Par ailleurs, nous sommes clairement confrontés à un cercle vicieux résultant du peu d’aide disponible, d’une capacité limitée à se rapprocher des survivants, de l’inaccessibilité des services et d’une loi du silence persistante – renforçant encore le mythe sur la prétendue rareté du problème ».


Source ONU/HCR

Décembre 2017