France – 3 mois après la disparition de Maëlys de Araujo : le suspect devant les juges

Trois mois après la disparition de la petite Maëlys en Isère, l’homme suspecté de l’avoir enlevée a obtenu jeudi matin l’annulation de ses premières déclarations en garde à vue, avant d’être ré-entendu, pour la première fois, par les juges.

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Grenoble a donné gain de cause à la défense en annulant quatre procès-verbaux remontant au début de l’affaire.

Alors entendu une première fois en garde à vue le 31 août par les gendarmes, Nordahl Lelandais n’avait pas été filmé en raison d’une erreur de procédure, alors que le code pénal l’exige en matière criminelle.

Cette décision a également pour conséquence d’effacer du dossier une partie des déclarations du suspect lors de son interrogatoire de première comparution devant les juges, au moment de sa mise en examen, en réponse à trois questions directement liées aux auditions annulées.

Ce revers est relatif pour l’accusation qui redoutait que l’annulation ne s’étende à la seconde garde à vue de l’ex-militaire de 34 ans, qui avait débouché sur sa mise en examen pour enlèvement après la découverte d’une trace ADN de la fillette dans sa voiture.

Mais il constitue « une épreuve de plus » pour les parents de l’enfant, selon leur avocat, Me Fabien Rajon. « Ils ont toujours une forme d’espoir, a ajouté le conseil au micro de BFMTV. L’espoir que cet individu s’exprime (…) sur ce qu’il a pu constater ou faire » dans la nuit du 26 au 27 août, quand Maëlys a soudainement disparu d’une soirée de mariage dans la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin.

Après que la cour d’appel eut rendu sa décision, les trois juges chargés du dossier – deux femmes et un homme – ont commencé à interroger Nordahl Lelandais, qu’ils n’avaient pas revus depuis son incarcération le 3 septembre.

Le mis en cause était arrivé vers au tribunal de Grenoble sous escorte des gendarmes et rejoint par Me Alain Jakubowicz, qui a repris sa défense fin septembre et s’est abstenu depuis de s’exprimer sur l’affaire dans les médias.

Fin octobre, l’avocat avait obtenu le report de l’audition de son client car il ne disposait pas de toutes les pièces du dossier. Il avait ensuite porté plainte pour violation du secret de l’instruction, en raison de multiples fuites dans la presse, et déposé la requête en nullité visant les auditions non filmées.

Jeudi, les magistrats devaient interroger longuement Nordahl Lelandais car « l’enquête a avancé même si cela ne dit pas où est l’enfant », estime une source proche du dossier. Le procureur de la République à Grenoble, Jean-Yves Coquillat, tiendra une conférence de presse à l’issue.

Au cœur des investigations figure l’enregistrement d’une caméra de vidéosurveillance ayant filmé le passage d’une voiture à Pont-de-Beauvoisin, la nuit de la disparition.

Des images considérées comme non probantes dans un premier temps mais dont une expertise poussée a permis depuis d’identifier le véhicule du mis en cause avec, sur le siège passager, une « forme banche » – la couleur de la robe que Maëlys portait ce soir-là – qui suscite des interrogations.

L’enquête avait déjà mis au jour plusieurs éléments troublants, comme les allers-retours du suspect durant la soirée du mariage, dont un pour changer son bermuda tâché de vin selon lui, et le nettoyage minutieux de sa voiture le lendemain.

Pour expliquer la présence d’une trace ADN de la fillette à l’intérieur, il a affirmé qu’elle était brièvement montée dedans au cours de la soirée, sur le parking de la salle des fêtes, accompagné d’un petit garçon qui n’a jamais été identifié. Mais il n’a jamais dit avoir transporté quelqu’un durant la nuit.


Copyright – AFP

Novembre 2017