#MeToo de Tarana Burke: point de départ d’un mouvement qui exprime la colère des femmes

Le raz de marée d’accusations de harcèlement sexuel contre le magnat du cinéma Harvey Weinstein et d’autres hommes a poussé des millions de femmes à partager en ligne leurs inquiétantes expériences, dix ans après la création du hashtag #MeToo par la militante afro-américaine Tarana Burke.

Tarana Burke : l’origine de Me Too
Le mouvement Me Too, existe en fait depuis plus de dix ans et s’adressait à l’origine aux femmes noires victimes de violences sexuelles, comme le raconte sa fondatrice: tout est parti d’une confidence faite par une victime de violences sexuelles…
C’était en 1996. Une jeune fille de 13 ans se tourne vers elle et se confie sur les viols à répétition dont elle est victime de la part de son beau-père. A l’époque, Tarana Burke est éducatrice, et n’arrivera pas à supporter ce témoignage.

“L’émotion qui montait en moi m’avait figée”, révèle Tarana dans une interview publié par les « LesInrocks » fin octobre 2017. Elle finira par couper la parole à la fillette en lui disant d’aller en parler à quelqu’un d’autre. Egalement victime de violences sexuelles dans sa jeunesse, Tarana s’en voudra pendant très longtemps ne pas être arrivée à lui dire “moi aussi”.

“Je me souviendrai toujours de son regard désemparé.” C’est comme ça qu’elle lança le mouvement “Me Too”, plus de dix ans avant qu’il ne soit connu dans le monde entier. “Ça n’avait rien à voir avec Hollywood et Harvey Weinstein.”

Aujourd’hui, la campagne #Metoo sur les réseaux sociaux est une victoire inattendue pour le mouvement des femmes. Grâce au courage de ces femmes victimes, les responsables seront peut-être enfin amenés à rendre des comptes.

Visibiliser la cause féminine noire

« En tant que communauté, nous sommes parvenues à créer un espace pour lutter, mais pas assez pour s’unir », a expliqué la défenseure des victimes d’agressions lors d’un discours prononcé à Philadelphie à l’occasion de la Marche pour la fin de la culture du viol (March End Rape Culture), qui s’est tenue en 2014.

C’est pour répondre au phénomène du whitewashing au sein des communautés féministes que Tarana Burrke a décidé de riposter pour visibiliser la cause féminine noire face au harcèlement moral et sexuel. « Les femmes non-blanches utilisent les réseaux sociaux pour élever leur voix, avec ou sans l’amplification de celles des femmes blanches ». Le but pour Tarana étant de rassembler.

#Metoo : un mouvement solidaire

De nombreuses activistes africaines-américaines ont ainsi rejoint le mouvement, à l’instar de la militante Alicia Garza, à l’origine du hashtag #BlackLivesMatter ayant donné naissance au mouvement éponyme.

« Sans cet espace, je n’aurais pas été capable de raconter mon histoire, tout comme des milliers de gens (…). Comment réagir face à cette violence épidémique, cette violence envers les femmes, cette violence envers les femmes non-blanches, la violence envers les femmes noires, les queer, les trans, et même que faisons-nous face à la violence envers les hommes ? », s’est interrogée la co-fondatrice de BLM face à la caméra de Democracy Now.

Et de poursuivre « Toutes les personnes qui ont raconté leur histoire au sujet de Harvey Weinstein racontent en fait à quel point elles ont été silencieuses jusqu’à présent, à quel point elles ont été encouragées à ne pas parler, à quel point elles ont été gênées et honteuses de parler ».

Aussi Tarana Burke, à l’instar de ses homologues, espère-t-elle contribuer à libérer la parole et susciter un élan d’empathie et de solidarité entre les femmes non-blanches face aux agressions du genre.


Revue de presse

Novembre 2017