Zimbabwe – Le président Robert Mugabe céde à la pression et présente sa démission

Harare, Zimbabwe – Poussé vers la sortie par l’armée, son propre parti et la rue au terme d’une semaine de crise. Robert Mugabe a mis fin ce mardi à ses fonctions de président du Zimbabwe.

Robert Mugabe âgé de 93 ans, a annoncé sa décision dans une lettre envoyée au président de l’Assemblée nationale, qui débattait depuis le début de l’après-midi de sa destitution.

« Moi, Robert Gabriel Mugabe, (…) remets formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe avec effet immédiat », a lu Jacob Mudenda, provoquant un tonnerre d’applaudissements dans les rangs des élus.

J’ai choisi volontairement de démissionner. (…) Cette décision a été motivée par (…) mon désir d’assurer un transfert du pouvoir sans problème, pacifique et non violent », a expliqué M. Mugabe dans sa lettre.

Très attendue, l’annonce du départ du chef de l’État a été saluée dans les rues de la capitale Harare par un concert de klaxons, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Accueilli en libérateur à l’indépendance en 1980, le « camarade Bob » a dirigé son pays d’une main de fer. Robert Mugabe, dernier chef d’État africain issu des luttes pour l’indépendance encore au pouvoir, semblait indéboulonnable,.

C’est sa deuxième épouse, Grace Mugabe, 52 ans, qui a précipité la chute de son régime. Le 6 novembre, elle a obtenu l’éviction du vice-président Emmerson Mnangagwa, qui lui barrait la route dans la course à la succession de son mari, à la santé de plus en plus fragile.

L’éviction de ce fidèle du régime, héros de la lutte de « libération » du Zimbabwe, a provoqué l’intervention de l’armée, qui contrôle le pays depuis la nuit du 14 au 15 novembre. Depuis, Robert Mugabe résistait aux appels à la démission.

Les militaires, qui se sont défendus de mener un coup d’État, essayaient depuis plusieurs jours d’obtenir en douceur la reddition du chef de l’État afin d’éviter les critiques et d’éventuelles menaces d’intervention des pays voisins, où l’aura du « libérateur » Robert Mugabe est restée très forte.

Mais à plusieurs reprises, le président Mugabe a catégoriquement rejeté leurs offres. Dimanche soir, il est resté campé sur sa position refusant d’annoncer à la télévision nationale son départ.

La direction de la Zanu-PF, son propre parti, l’avait pourtant spectaculairement démis de ses fonctions de président dimanche, avait exclu de ses rangs la Première dame et avait menacé de le destituer s’il refusait de se démettre.

Faute de signe de sa part, le parti a lancé ce mardi matin au Parlement une procédure de destitution, du jamais vu dans l’histoire du pays.

« Mugabe a autorisé sa femme à abuser des ressources de l’État (…), à insulter et humilier le vice-président de ce pays, l’honorable Emmerson Mnangagwa » et à « menacer de tuer le vice-président Mnangagwa », l’a accusé son parti dans sa motion de destitution.

Le débat avait à peine commencé au Parlement, lorsque le président de l’Assemblé a lu la lettre de démission de M. Mugabe.

La population d’Harare a salué bruyamment l’annonce, qu’elle attendait avec impatience depuis des jours.

Samedi, à l’appel des anciens combattants de la guerre d’indépendance devenus les fers de lance de la fronde, des dizaines de milliers de manifestants étaient descendus dans les rues de Harare et de Bulawayo, la deuxième ville du pays (sud-ouest), aux cris de « Bye bye Robert » et « Adieu grand-père ».

Selon toute vraisemblance, la période de transition qui s’ouvre devrait être dirigée par l’ancien vice-président Mnangagwa, qui avait lui aussi appelé, mardi, M. Mugabe à démissionner.

« J’invite le président Mugabe à tenir compte des appels lancés par le peuple à sa démission de façon à ce que le pays puisse avancer », avait-il déclaré dans un communiqué.

M. Mnangagwa, à l’étranger depuis son limogeage, avait confirmé qu’il était en contact avec le président Mugabe, ainsi que l’avait révélé lundi soir le chef d’état-major de l’armée, le général Constantino Chiwenga. Le général Chiwenga avait jugé lundi soir « encourageants » les pourparlers entre les deux hommes.

Ce mardi, l’armée a appelé les Zimbabwéens à « la plus grande retenue » et au « respect de la loi », alors que la démission de Robert Mugabe après 37 ans au pouvoir suscitait des scènes de liesse dans le pays.

« Au vu des derniers développements dans le pays, les forces de défense et de sécurité veulent appeler les Zimbabwéens de tous bords politiques à faire preuve de la plus grande retenue et à pleinement respecter la loi et l’ordre », a déclaré le chef de l’état-major de l’armée, Constantino Chiwenga, devant la presse à Harare.

Par ailleurs, l’Union africaine (UA) a déclaré mardi que la transition politique au Zimbabwe est légitime à la suite de la décision du parti au pouvoir ZANU-PF de démettre le président Mugabe de ses fonctions au sein du parti.

Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a déclaré que la décision du parti de limoger le président Mugabe de ses fonctions de président de la ZANU- PF après une intervention de l’armée était légitime.

« Nous ne sommes pas témoins d’un coup d’État, le processus est légitime s’il est conforme à la loi, le parti au pouvoir a limogé son chef, nous espérons que tout sera fait pour s’en tenir à la légalité », a déclaré M. Mahamat lors d’un point de presse. Addis-Abeba, en Ethiopie, avant la démission du président Mugabe.


Revue de presse avec AFP

Novembre 2017