Robert Mugabe démis de ses fonctions au sein de la Zanu-PF, Grace est exclue du parti

Après le coup de force de l’armée et des manifestations monstres, le président Robert Mugabe a été désavoué dimanche par son propre parti, qui menace de le destituer s’il ne quitte pas la présidence du Zimbabwe d’ici lundi.

Le président Mugabe a rencontré ce dimanche et pour la seconde fois les généraux qui ont pris mercredi, à la surprise générale, le contrôle du pays. Lors de leur première entrevue jeudi, Robert Mugabe, au pouvoir depuis l’indépendance en 1980, avait catégoriquement refusé de démissionner de la présidence.

Ce dimanche, le parti de la Zanu-PF, qui n’avait jusque-là jamais fait défaut au président, a lancé un ultimatum inédit à son « camarade Bob »: démissionner d’ici lundi à la mi-journée ou faire face à une procédure de destitution.

Au cours de cette réunion d’urgence, la direction de la Zanu-PF a également décidé de lui retirer son titre de président du parti et de le remplacer par Emmerson Mnangagwa, 75 ans, l’ancien vice-président dont le limogeage le 6 novembre a précipité la crise actuelle.

Ce dernier, un dur surnommé « le crocodile », a également été nommé candidat officiel de la Zanu-PF à l’élection présidentielle de 2018, en remplacement du chef de l’État, dont il a longtemps été le bras droit.

L’épouse du chef de l’État, Grace Mugabe, 52 ans, a quant à elle été purement et simplement exclue du parti.

Ces décisions « marquent le début d’une nouvelle ère », a lancé un cadre du parti, Obert Mpofu, qui présidait la réunion exceptionnelle de la Zanu-PF, et dont les annonces ont été vivement applaudies par les cadres du parti.

Ces décision ont également été saluées par une population avide de changements. « Même si sa décision arrive tard, la Zanu-PF a enfin fait le bon choix », se réjouissait Trymore Chabata, un vendeur de rue, pour qui « Mugabe est un problème depuis longtemps ».

La veille, des dizaines de milliers de personnes – des partisans de la Zanu-PF comme de l’opposition, des Noirs et des Blancs – ont déferlé dans les rues pour appuyer l’intervention de l’armée et demander au président de démissionner.

« Repose en paix Mugabe », « Non à la dynastie Mugabe », proclamaient des affiches brandies lors de cette manifestation, l’une des plus grandes jamais organisées depuis l’indépendance du Zimbabwe en 1980.

Épuisés par des années de crise économique, les Zimbabwéens espèrent un avenir plus clément. Le pays manque cruellement de liquidités et affiche un taux de chômage d’environ 90 %.

Les militaires ont décidé de passer à l’action après la destitution il y a deux semaines du vice-président Emmerson Mnangagwa, ennemi juré de la première dame.

Ils n’ont pas accepté la perspective que Grace Mugabe, dirigeante de la puissante Ligue des femmes du parti, se retrouve en position de favorite pour succéder, le moment venu, à son mari.

Grace Mugabe « et ses proches associés ont profité ces cinq dernières années de la santé fragile » du président pour « usurper le pouvoir et piller les ressources de l’État », a dénoncé Obert Mpofu.

« Il est fâcheux que le président lui ait permis d’usurper son autorité, détruisant ainsi le parti et le gouvernement », a renchéri la ligue des jeunes de la Zanu-PF.

Jusqu’à présent, l’armée, qui dément avoir fait « un coup d’État », tente de négocier à l’amiable le départ du président Mugabe. Elle l’a même laissé se rendre vendredi à une cérémonie de remise de diplômes universitaires à Harare.

Les militaires tentent de « le traiter avec respect et dignité », selon Anthoni van Nieuwkerk de l’université de Witwatersrand à Johannesburg, afin de mettre au plus vite un terme à ce coup de force militaire.

L’affaire n’est cependant pas aisée. Le président Mugabe a la réputation d’être coriace et un fin tacticien.

La crise politique au Zimbabwe inquiète la région. Mardi, plusieurs dirigeants de pays membres de l’organisation de la SADC (Communauté de développement économique de l’Afrique australe), dont le président sud-africain Jacob Zuma et son homologue angolais Joao Lourenço, doivent se réunir à Luanda pour en débattre.


Source AFP avec Reuters

Novembre 2017