L’islamologue Tariq Ramadan, accusé de viols, mis en congé de l’université d’Oxford

Dans la foulée des accusations à l’encontre de Tariq Radaman, l’islamologue suisse, l’université d’Oxford, où il enseigne, a décidé de le mettre en congé. Il est visé en France par deux plaintes pour viol et accusé d’abus sexuel sur des mineures en Suisse.

La prestigieuse université britannique était jusque-là accusée, notamment par certains de ses étudiants, de n’avoir pas pris position. L’université d’Oxford a annoncé une décision collective ce mardi:

« D’un commun accord et avec effet immédiat, Tariq Ramadan, professeur d’études islamiques contemporaines a pris un congé de l’université d’Oxford », a indiqué la prestigieuse université.

« Un congé n’implique aucune présomption ou acceptation de culpabilité et permet au professeur Ramadan de répondre aux accusations extrêmement graves portées contre lui, qu’il nie catégoriquement, tout en répondant à notre principale préoccupation – répondre à la détresse accrue et compréhensible, et mettre en priorité le bien-être de nos étudiants et du personnel », souligne l’université.

Des accusations grâves

Quatre femmes assurent dans La Tribune de Genève avoir été harcelées et avoir eu des relations sexuelles avec l’islamologue, déjà visé par deux récentes plaintes pour viol, alors qu’elles étaient adolescentes.

Les faits remontent aux années 1980 et 1990. À l’époque, le théologien Tariq Ramadan n’était pas encore un personnage médiatique, il enseignait dans sa ville natale de Genève, au Cycle des Coudriers puis au Collège de Saussure.

La Tribune de Genève a recueilli le témoignage de quatre femmes qui assurent avoir été harcelées et même avoir eu des relations sexuelles avec lui, sous son emprise. Les quatre femmes qui ont accepté de témoigner sous couvert d’anonymat pour le quotidien suisse sont toutes d’anciennes élèves, alors âgées de 14 à 18 ans.

Ces accusations s’ajoutent à deux récentes plaintes pour viol. Une enquête préliminaire a été ouverte la semaine dernière à Paris pour «viol, agression sexuelle, violences et menaces de mort». Tariq Ramadan, 55 ans, fait également l’objet d’une deuxième plainte, dans laquelle sont dénoncés des faits similaires.

Tariq Ramadan a démenti lundi les accusations d’abus sexuels sur des mineures et annoncé qu’il allait porter plainte pour diffamation. «Des allégations anonymes ont été portées à Genève m’accusant d’avoir abusé de mineures il y a près de 25 ans. Je démens catégoriquement ces allégations et dépose aujourd’hui une plainte contre X pour diffamation», a-t-il déclaré dans un message en anglais sur son compte Twitter.

Parmi les quatre accusatrices, la plus jeune explique qu’elle a refusé les avances de Tariq Ramadan et s’être ensuite attiré les foudres de son professeur. «Avant d’être ce leader musulman, il était un homme tordu, intimidant, qui usait de stratagèmes relationnels pervers et abusait de la confiance de ses élèves», abonde une autre. Cette dernière affirme avoir des «relations intimes» à trois reprises avec lui. Alors âgée de 15 ans, elle n’avait pas la majorité sexuelle, qui est fixée à 16 ans en Suisse.

Une troisième raconte avoir été abusée et violentée par Tariq Ramadan alors qu’elle avait 18 ans: «Cela s’est passé trois fois, notamment dans sa voiture. C’était consenti mais très violent. J’ai eu des bleus sur tout le corps. Il m’a toujours fait croire que je l’avais cherché. L’histoire s’est sue et il m’a menacée, en exigeant le silence de ma part.» La dernière, qui n’évoque ni menace ni violence, détaille une «relation malsaine». «J’étais fascinée, sous son contrôle. Il me prenait, me jetait, instaurait une relation de dépendance», explique-t-elle. La majorité sexuelle est de 16 ans en Suisse. Les faits, s’ils sont avérés, sont de toute façon prescrits.

Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans, bénéficie d’une forte popularité dans les milieux musulmans conservateurs. Brillant orateur, le professeur d’Études islamiques contemporaines à Oxford est toutefois accusé par ses détracteurs de tenir un double discours, modéré sur les plateaux télévisés où il excelle, et radical devant des publics plus restreints et acquis à ses propos. Dans une première réaction, le week-end dernier sur Facebook, l’islamologue avait affirmé qu’il était victime d’une «campagne de calomnie», enclenchée par ses «ennemis de toujours».


Source AFP

Novembre 2017