Afrique du Sud – L’affaire des clitoris congelés: Peter Frederiksen coupable de 36 chefs d’inculpation

Le Danois Peter Frederiksen accusé d’avoir mutilé des femmes en Afrique du Sud et conservé leurs organes génitaux dans un congélateur a été reconnu coupable de plusieurs dizaines d’autres crimes, dont viol sur mineur et production d’images pédopornographiques.

Un tribunal de Bloemfontein (centre) l’a reconnu coupable de 36 chefs d’inculpation mais prononcera sa peine à une date ultérieure, a rapporté la presse locale. Âgé d’une soixantaine d’années, Peter Frederiksen, propriétaire de plusieurs armureries en Afrique du Sud, a plaidé non coupable.

Le tribunal a toutefois abandonné 20 chefs d’inculpation liés à la mutilation, estimant que la loi ne définissait pas spécifiquement les sanctions applicables pour de tels crimes. L’excision est interdite en Afrique du Sud, bien qu’il ne s’agisse pas d’une pratique courante dans le pays.

Une sordide affaire qui a connu des rebondissements de taille

Peter Frederiksen avait été arrêté à son domicile en septembre 2015 après une plainte de sa femme, avec qui il a deux enfants, qui l’accusait d’avoir mutilé ses parties génitales. Lors de la perquisition, la police avait découvert dix morceaux de clitoris conservés dans un congélateur. Deux autres morceaux de parties génitales féminines séchaient sur un crochet, tandis que de la chair baignait dans des bouteilles d’eau.

L’épouse de Peter Frederiksen, Anna Matseliso Molise, à l’époque âgée de 28 ans qui devait être le témoin-clé de l’affaire, a été abattue par balle en octobre 2015 devant chez elle à Maseru, la capitale du Lesotho, royaume enclavé dans l’Afrique du Sud, situé à une centaine de kilomètres de Bloemfontein.

Anna Matseliso Molise, devait témoigner sur des cas d’agression sexuelle, d’intimidation, de violence domestique et de contravention à la loi sur le contrôle des médicaments. La police avait proposé à ce témoin vedette de participer au programme de protection des témoins de la police, mais elle avait refusé car elle n’aurait pas pu voir ses deux enfants, âgés de deux et quatre ans placés sous la garde des services sociaux de Bloemfontein.

Anna Matseliso Molise a reçu quatre balles dans le haut du corps à l’extérieur de sa maison à Maseru, un mardi soir, et est décédée à l’hôpital le lendemain…

 » Nous sommes très attristés par l’assassinat de Madame Molise. Elle a été un témoin clé dans cette affaire contre Frederiksen», a déclaré le chef de la police. « Malgré cet échec, nous nous engageons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour rendre justice aux femmes qui ont été des victimes de Frederiksen ».

Son époux, Peter Frederiksen, était pourtant déjà derrière les barreaux. Ce dernier, propriétaire d’armureries à Bloemfontein, était poursuivi pour agression, possession, production et distribution d’images pédo-pornographique, et bigamie. Avec l’assassinat de sa femme, il a été aussi accusé de «complot en vue de commettre le meurtre de son épouse », avait déclaré à l’AFP le porte-parole de la police, Hangwani Muladuzi.

Pour sa défense, le prévenu a nié toutes les accusations et a prétendu que tout ce qui se trouvait dans sa maison appartenait à sa femme… qui se trouve être assassinée.

Les mutilations génitales décrites dans des journaux intimes

Lors de la perquisition au domicile de Peter Frederiksen à Bloemfontein, la police avait aussi mis la main sur des journaux intimes datant de 2004 et dans lesquels étaient décrites des mutilations génitales infligées à des femmes.

Elle avait aussi découvert des produits anesthésiants, du matériel chirurgical et des photos pédo-pornographiques.

Son épouse avait confié à la police qu’elle avait bu du champagne contenant une drogue avant d’être mutilée, tout en étant dans l’incapacité de se défendre. Les enquêteurs avaient alors trouvé au domicile de Peter Frederiksen des bouchons de champagne sur lesquels étaient inscrits des noms de femmes et des dates.

Des appels à témoins 

La police a lancé des appels répétés afin que d’autres femmes mutilées par Peter Frederiksen se manifestent. Mais, ces appels n’ont rien donné pendant des mois. Les groupes sud-africains de défense des droits des femmes ont fait craindre que certaines victimes seraient portées disparues ou décédées.

Et, au cours d’octobre  2015, le porte-parole de la police, Hangwani Mulaudzi, a annoncé que deux femmes s’étaient présentées. Une information relayée par The Telegraph. « Nous espérons que cela pourra encourager d’autres personnes à le faire. » Nous croyons que ces femmes (victimes Peter Frederiksen) sont toujours en vie », a-t-il déclaré. « Nous essayons toujours de savoir ses victimes étaient étrangères à l’accusé ou non.  »

Il a ajouté que la police comprenait la réticence des victimes et ferait tout ce qui était en leur pouvoir pour les protéger. « Il est probable que beaucoup de ces femmes ne voudraient pas être identifiées à cause de l’humiliation, à moins qu’elles n’acceptent ces soi-disant opérations (…) Nous travaillons sur la base que cela (les excisions)  ont été pratiquées illégalement sans le consentement des victimes.  »

Au bout d’une enquête qui a durée deux ans Peter Frederiksen à ce jour a été reconnu coupable de 36 chefs d’inculpation dont d’avoir causé des lésions corporelles graves à une mineure, de viol sur mineur et production d’images pédopornographiques.


Source AFP avec The Telegraph

Novembre 2017