Zuriel Oduwole, l’ado réalisatrice et activiste qui milite pour l’éducation des filles en Afrique

Elle est âgée de 15 ans, elle a des bagues aux dents et des baskets aux pieds. Mais Zuriel Oduwole n’a rien d’une adolescente américaine ordinaire. Depuis l’âge de 9 ans, elle sillonne la planète pour tourner des documentaires et convaincre les chefs d’État d’investir dans l’éducation des filles.
Du Soudan du Sud au Lesotho, du Nigeria au Kenya, elle a rencontré 24 présidents et chefs de gouvernement, et réalisé cinq court métrages.
La jeune Zuriel a été reçue en janvier par John Kerry, alors secrétaire d’État américain, qui l’a surnommée « la jeune fille la plus influente du monde ».
« Je me bats avec passion pour faire en sorte que de plus en plus d’enfants, et surtout les filles, puissent aller à l’école et obtiennent une éducation », a-t-elle expliqué à l’AFP , en marge d’un meeting-concert à Paris en soutien aux pays pauvres. D’allure discrète, elle se métamorphose quand elle est sur scène.
« Dans certains pays africains, certaines filles sont mariées dès l’âge de 12 ans. Maintenant, je vous demande à tous d’imaginer, votre petite cousine, la soeur de votre meilleur ami, la fille des voisins mariée à 12 ou 13 ans à un homme de dix ou vingt ans plus âgé ! », interpelle-t-elle en anglais, en ralentissant son débit pour être bien comprise.
Zuriel Oduwole est née à Los Angeles en 2002 mais ses racines sont africaines: nigérianes par son père et mauriciennes côté maternel.  C’est donc tout naturellement qu’elle s’intéresse à l’Afrique où elle part tourner à 9 ans son premier documentaire sur la « Révolution au Ghana ». « J’ai vraiment dû harceler mes parents », aime-t-elle à rappeler dans ses interviews. Quatre autres films ont suivi, dont l’un sur la création de l’Union africaine et un autre intitulé: « Rien ne peut m’arrêter, je suis une fille ». La jeune Globe-trotteuse a reçu de nombreuse récompenses.
 « C’est quand j’ai tourné le film au Ghana que j’ai vu pour la première fois tous ces enfants dans les rues. Cela m’a donné envie de m’investir dans ce projet ». Dans de nombreux pays africains, plus de la moitié des filles ne terminent pas l’école primaire, selon l’Unicef.
Cette jeune globe-trotteuse qui s’est déjà exprimée à l’ONU marche sur les traces de Malala Yousafzai, icône de la défense du droit des femmes à l’éducation, récompensée par le prix Nobel de la Paix en 2014.
Et comme la jeune Pakistanaise, Zuriel est une élève brillante, voire surdouée. Toujours en avance sur les enfants de son âge, elle n’est jamais allée à l’école, explique son papa, Ademola Oduwole, qui a arrêté de travailler dans le tourisme pour l’accompagner dans ses voyages, financés par les organisations qui l’invitent ou des sponsors.
Sa maman Patricia, conceptrice de logiciels, veille sur le reste de la fratrie, deux filles et un garçon, âgés de 13 à 7 ans. Eduquée à domicile, Zuriel a appris le chinois par internet et s’apprête à boucler ses études secondaires, deux ans avant ses contemporains. Elle espère rentrer l’an prochain à Harvard ou UCLA, deux des plus prestigieuses universités américaines, pour y étudier l’économie et la psychologie.
Peu connue du grand public, elle intrigue les médias. En 2013, elle est devenue, à 10 ans, la plus jeune personne jamais interviewée par le magazine Forbes qui l’a classée le mois dernier parmi les 100 femmes les plus influentes en Afrique.
« Quand vous regardez les informations, les sujets sur l’Afrique sont surtout négatifs: guerre, famine, corruption. Moi je veux raconter les aspects positifs dont les gens n’entendent pas parler », confie-t-elle. Mais, insiste cette sportive, « j’ai quand même une vie d’adolescente. Je joue au foot et au basket, je traîne avec mes amis… Et je mène tous mes projets en parallèle ».
« Inspirée » par des femmes telles qu’Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia, Zuriel espère bien, un jour, entrer à la Maison Blanche.
« Je n’ai que 15 ans et aux États-Unis il faut en avoir au moins 35 pour se présenter », explique-t-elle très sérieusement.  D’ici là, comme elle le clame dans un de ses films en marquant un panier au basket: « Rien ne peut m’arrêter! »

Source – AFP

Octobre 2017