La Ligue contre le Cancer lance une Charte pour recentrer l’opération « Octobre Rose »

Octobre Rose a su s’imposer comme un rendez-vous grand public permettant de sensibiliser et de mobiliser contre le cancer du sein. Mais aujourd’hui, le sens initial de l’événement est souvent brouillé et éparpillé dans de multiples communications. C’est pourquoi la Ligue contre le Cancer lance une Charte pour le recentrer sur son message initial: inciter les femmes à réaliser une mammographie de dépistage.

« Octobre Rose » est une opération de communication menée chaque année au niveau mondial pendant le mois d’octobre pour sensibiliser sur la lutte contre le cancer du sein et notamment sur son dépistage. Mais quelques jours avant le lancement de l’édition 2017, la Ligue contre le Cancer a tenu à faire part d’un « coup de gueule » sur le sujet. Car selon elle, le message initial de l’événement est désormais trop souvent détourné de son objet, au risque que cette dérive nuise à son efficacité.

C’est ce qu’elle appelle communément le « Pinkwashing ». « Octobre Rose devient une mobilisation prétexte à des communications opportunistes, désordonnées voire mercantiles. », fait-elle savoir. Un phénomène qui, selon l’association, participe au fait que le dépistage organisé du cancer du sein, qui concerne 10 millions de femmes, ne cesse de diminuer. Ses chiffres montrent que seules 50,7% d’entre elles ont suivi ce programme en 2016 contre 51.5% en 2015 et 52,7% en 2012.

« Le Pinkwashing est un mouvement dénoncé depuis quelques années déjà aux Etats-Unis et au Canada. Des industriels vendent des produits comme des tasses ou des bougies et on ne sait plus à qui profitent ces actions. On s’insurge contre l’ampleur de ce mouvement, il faut s’opposer à ces tentatives opportunistes. », explique à Santé Magazine Nathalie Clastres, chargée de mission et de promotion du dépistage pour la Ligue contre le cancer en France.

En quelques années, de nombreuses entités institutionnelles, privées et associatives se sont donc emparées du mouvement. La preuve en est avec un article du journal l’Express publié en 2015 qui recense toutes les pires initiatives dans ce domaine, « des opérations de communication qui frisent le ridicule, quand elles ne sont pas pilotées par des marques motivées par leur intérêt commercial. »

Ainsi, des hôtesses de l’air ont réalisé un calendrier les montrant seins nus, une chaîne de restaurants a proposé un menu « Octobre Rose » de 59 euros sans préciser à qui iront les bénéfices, une marque de burgers canadiens a sorti un burger coloré au jus de betterave et une mairie du Sud-Ouest a peint des moutons en rose.

« Lors de manifestations et de courses solidaires en tout genre par exemple, des jeunes viennent volontiers, mais on ne leur transmet pas le message. », ajoute Nathalie Clastres.

C’est pourquoi cette dernière recommande au public de bien faire attention avant de participer à des évènements. Que ceux-ci soient gratuits ou motivés par un appel au don, l’important est de bien vérifier l’estampillage. Ce dernier doit être officiel: Ligue contre le cancer, Inca, Le Cancer  du Sein  Parlons-en  !.

Même si cette dernière reconnaît que le « Pinkwashing » n’est pas la seule raison qui peut expliquer une baisse de participation au programme de dépistage organisé, généralisé en 2004.

« Il y aussi les polémiques sur le rapport bénéfices-risques du dépistage, sur le risque de surdiagnostic et donc de surtraitements. Mais c’est justement pour ça que le sens initial du message ne doit pas être brouillé « , affirme-t-elle. C’est pour s’opposer à toute tentative de communications opportunistes que la Ligue a décidé de lancer une Charte de bonnes conduites destinée à ses 103 comités départementaux et à leurs partenaires.

Avec cette dernière, elle souhaite cadrer les actions « Octobre Rose » de garantir la mobilisation autour du dépistage. Il s’agit entre autre de « réduire les difficultés d’accès à l’information et à la sensibilisation en allant à la rencontre des populations. » La Charte permet également de garantir la bonne utilisation des fonds recueillis par la Ligue contre le cancer, pour des projets comme l’accompagnement des patientes en soins de supports et l’accompagnement social.

Reste que malgré la notoriété croissante de l’évènement, la Ligue estime que « la baisse du taux de participation au dépistage est la preuve du manque de cohérence initié par la multitude des messages Octobre Rose. » « Il faut rendre l’information accessible à toutes les femmes, renforcer le bon message auprès de tous les publics et s’engager dans la réduction des inégalités. Le but est de lever ces freins qui en ce qui concerne ce dépistage », conclut Nathalie Clastres.

Septembre 2017