Inde – La journaliste et militante des droits de l’homme, Gauri Lankesh a été assassinée

La journaliste indienne, Gauri Lankesh, a été tuée par balles par des assaillants à moto à Bangalore dans le sud de l’Inde. Elle se battait notamment pour la condition des femmes et la liberté de la presse dans son pays.

L’information  a été communiqué par le gouverneur de l’Etat du Karnataka. Suivie de son travail jusqu’à son domicile et espionnée par ses assaillants, la journaliste de 55 ans a été abattue de deux balles dans la poitrine et une dans la tête à l’entrée de sa résidence à Bangalore. a rapporté l’agence de presse Press Trust of India (PTI).

Le Premier ministre Narendra Modi parle de « crime organisé ». Ce meurtre survient deux ans après l’assassinat de Malleshappa Madivalappa Kalburgi, chercheur et universitaire qui a succombé à des balles tirées par deux hommes non identifiés dans sa résidence de Dharwad, dans le nord de Karnataka le 30 août 2015. Considéré comme un penseur progressiste, il avait reçu plusieurs menaces de mort en raison de son implication dans la vie politique de son pays.

Des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes d’Inde dont la capitale, New Delhi pour protester contre cet acte mettant en péril la liberté de la presse.

Très connue pour son franc-parler, son combat contre les inégalités et sa révolte contre le système de castes. Rédactrice en chef d’un tabloïd, Gauri Lankesh était la fille du journaliste et poète P. Lankesh. Elle était très critique à l’encontre des nationalistes hindous.

 

Visée pour ses opinions politiques

Gauri Lankesh a commencé sa carrière en travaillant pour The Times of India. Elle a fortement exprimé ses opinions sur la façon dont les gens sont ciblés en raison d’idéologies et d’opinions personnelles.

Elle avait repris le journal fondé par son père et le dirigeait avec son frère. A la suite d’un conflit d’opinion avec son frère, elle a créé son propre journal hebdomadaire Gauri Lankesh Patrike. Son journal a été dans la lumière lorsqu’elle a fait éclater une histoire controversée sur plusieurs dirigeants politiques au sein du BJP (Bharatiya Janata Party, parti de droite nationaliste hindou) en 2008.

Comme elle refusait de révéler ses sources, le tribunal l’a accusé de diffamation et condamnée à six mois de prison. Immédiatement libérée sous caution, elle a affirmé qu’elle était visée pour ses opinions politiques et que ces accusations n’étaient pas justifiées. D’autant que plusieurs quotidiens locaux avaient également publié les mêmes revendications.

Elle était très critique de la politique Hindutva (mouvement nationaliste indien) qui selon elle n’est ni une politique ni une religion mais un système de hiérarchie sociale dans lequel les femmes sont considérées comme une « seconde classe ».

Les journalistes indiens sont de plus en plus ciblés par les nationalistes hindous radicaux. Le pays se retrouve en 133e position sur 180 dans le classement de la liberté de la presse établi par RSF, Reporters sans frontières. Il reste pourtant le 13e plus dangereux pays pour les journalistes selon le CPJ, le Comité de protection des journalistes.

De nombreuses personnes ont réagit à l’annonce de son meurtre

Le Groupe de presse des femmes en Inde (The Indian Women’s Press Corps ou IWPC) a condamné l’assassinat de Gauri Lankesh dans l’Indian express. « Sa critique était tranchante. Elle n’hésitait pas à s’exprimer contre l’obscurantisme et le conservatisme. Réduire au silence une journaliste de cette manière est extrêmement dangereux pour la démocratie. »

« Absolument choqué d’apprendre le meurtre de la célèbre journaliste Gauri Lankesh. Je n’ai pas de mots pour condamner ce crime odieux », a écrit sur Twitter le gouverneur Siddaramaiah. « J’ai parlé au directeur général de la police et l’ai chargé de mener une enquête rapide et approfondie pour mener les auteurs devant la justice », a ajouté le gouverneur. L’Etat méridional du Karnataka a connu récemment plusieurs meurtres de militants et d’universitaires.

La Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a condamné le meurtre de Gauri Lankesh, perpétré le 5 septembre en Inde. « Je condamne le meurtre de Gauri Lankesh », a déclaré la Directrice générale. « Toute attaque à l’encontre des médias est une attaque contre le droit fondamental à la liberté d’expression de chaque citoyen. Je demande aux autorités de traduire les auteurs de ce crime en justice et de s’assurer que cet acte ne restera pas impuni ».


Revue de presse

Septembre 2017