En hommage à la journaliste suédoise Kim Wall, ses proches créent « la bourse Kim Wall »

En hommage à Kim Wall. Faire en sorte qu’elle ne soit jamais oubliée…

La journaliste suédoise de 30 ans a disparu dans des circonstances atroces lors d’un reportage à bord du sous-marin artisanal « l’UC3 Nautilus » du sulfureux inventeur Peter Madsen, entre Danemark et Suède.

Un tronc mutilé qui se trouve être une partie du corps de Kim Wall a été découvert lundi 14 août dernier. En hommage à la journaliste, sa familles et ses amis ont annoncé la création d’une subvention sobrement baptisée « Bourse Kim Wall ».

Cette bourse visera à financer les travaux d’une femme journaliste.

Une façon, expliquent ses proches sur le site internet remberingkimwall.com, lancé jeudi 24 août en mémoire de la jeune femme, de perpétuer son travail.

« La bourse assurera le financement d’une journaliste pour couvrir la contre-culture, au sens large, et ce que Kim aimait appeler ‘les courants de rébellion' », écrivent-ils notamment.

« Nous lançons la Bourse Kim Wall pour honorer son héritage.

Kim voulait que plus de femmes se mettent en avant, luttent contre le fatalisme de la vie, et nous voudrions aider à faire évoluer le monde selon sa vision », disent-ils encore.

Après de brillantes études à l’université américaine de Columbia, Kim Wall menait une carrière prometteuse l’ayant conduite d’Haïti à la Corée du Nord en passant par Cuba ou le Sri Lanka, aimait, comme le soulignait sa mère Ingrid jeudi, « donner la parole aux personnes faibles, vulnérables et marginalisées ».

Kim Wall avait écrit pour les plus prestigieux quotidiens, du Guardian au New York Times, couvrant tous les sujets sur tous les terrains: Des rescapés indigents du séisme en Haïti aux femmes journalistes en Ouganda, des athlètes américains obèses à l’essor du tourisme en Corée du Nord, Kim Wall parcourait inlassablement la planète en quête de destin aussi singuliers qu’universels.

C’est pourtant à quelques kilomètres de sa ville natale de Trelleborg, en Suède, sur les rives danoises du détroit de l’Öresund, qu’elle a croisée la mort.

La journaliste a disparu après avoir pris la mer le 10 août à bord d’un sous-marin, l’UC3 Nautilus, en compagnie de l’inventeur du submersible, le Danois Peter Madsen, dont elle souhaitait écrire le portrait.

Son tronc mutilé, lesté par un morceau de métal, a été découvert le 14 août en baie de Køge, à une cinquantaine de kilomètres de Copenhague. Peter Madsen, s’en tient pour l’heure à ses dernières déclarations: Kim Wall a été victime d’un accident et il a jeté son corps par-dessus bord.

Face à l’émotion suscitée, les enquêteurs, sous le feu des projecteurs, tentent de lever les zones d’ombre autour de ce drame au retentissement planétaire. Objectif, comme l’a raconté un ancien policier danois au quotidien B.T. : récolter autant de preuves matérielles que possible – notamment par la recherche du reste du cadavre – afin de démonter la version de Peter Madsen.

En détention depuis le 12 août, le mystérieux Danois de 46 ans, Peter Madsen est ainsi poursuivi pour « homicide involontaire par négligence ». Mais le parquet entend désormais demander la requalification des chefs de poursuites afin que le suspect numéro 1 dans cette disparition tragique, soit inculpé pour meurtre et atteinte à l’intégrité d’un cadavre. Il devrait comparaître devant un juge au plus tard le 5 septembre.

Départ prévu pour la Chine

La disparition de la jeune femme avait été signalée le 11 août par son compagnon, avec qui elle devait s’installer à partir du 15 août en Chine.

« J’étais si heureuse de savoir qu’elle préparait son déménagement à Pékin, avec son compagnon », a témoigné à l’AFP Yan Cong, l’une de ses amies originaire de Pékin, et camarade de promotion à l’Ecole de journalisme de Columbia (New York), d’où Kim Wall est sortie diplômée en 2014.

« Quand j’ai discuté avec elle en juillet, elle m’a dit qu’ils avaient loué un appartement », a ajouté Yan Cong.

Kim Wall était également diplômée en relations internationales de la London School of Economics.

Elle entendait s’installer durablement avec son compagne dans la capitale chinoise tout en gardant un œil attentif sur le reste du monde .

« Elle trouvait et racontait des histoires à travers le monde (…). Elle donnait la parole aux personnes faibles, vulnérables et marginalisées », a écrit sa mère sur son compte Facebook.

Pourquoi avait-elle choisi d’écrire précisément sur Peter Madsen, un ingénieur autodidacte un peu mégalomane et désargenté qui rêvait d’atteindre l’espace dans une fusée de sa fabrication?

Nina Berman, l’une des professeurs de Kim Wall à l’université de Columbia, n’a « pas du tout été surprise » que Kim s’intéresse à ce personnage. « Elle aurait voulu savoir pourquoi quelqu’un (…) pouvait s’imaginer créer des choses qui le sont normalement par des militaires et des gouvernements puissants », a expliqué Mme Berman à l’AFP.

Donner vie aux personnes

Selon ses proches, les enseignants ou les étudiants l’ayant connue, Kim Wall était mue par une curiosité et une énergie sans limite.

« Elle avait une volonté de trouver des histoires qu’aucun autre journaliste n’avait évoqué avant », se souvient Jessica Reed, rédactrice des publications américaines pour le quotidien britannique Guardian, interrogée par l’AFP.

En 2016, elle avait publié dans le quotidien français Libération une série d’articles sur les enjeux du tourisme en Haïti après le séisme.

« Lorsque vous regardez ce qu’elle a produit, elle a fait des choses intéressantes sur la Chine, elle est allée en Ouganda, en Corée du Nord, elle pouvait vraiment donner vie aux personnes dont elle racontait les histoires », a témoigné pour l’AFP l’une de ses collègues au South China Morning Post, un quotidien de Hong Kong.

Tiffany Ap se souvient de Kim Wall comme d’une jeune femme « coriace », prête à tout pour partir faire ses reportages et qui, à côté de sujets plus graves, proposait des sujets sortant souvent de l’ordinaire: le Vaudou en Haïti, l’interview de « vrais vampires »…

« Elle avait toujours les histoires les plus amusantes et les plus intéressantes [à rapporter] de ses voyages », se rappelle Yan Cong, que Kim Wall avait aidée dans sa carrière de journaliste indépendante.


Avec www.rememberingkimwall.com et AFP

Août 2017