Birmanie – Zeid Ra’ad Al Hussein dénonce des abus « systématiques » contre les Rohingyas

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a déclaré mardi que des décennies de violations « systématiques » des droits des musulmans rohingyas étaient à l’origine de la flambée de violences en Birmanie que les autorités auraient pu empêcher.

Zeid Ra’ad Al Hussein a fait part de ses craintes au sujet des affrontements entre rebelles musulmans et forces de sécurité en Etat Rakhine, région de l’ouest de ce pays secouée depuis plusieurs années par de fortes tensions entre rohingyas et bouddhistes.

Depuis vendredi, ces combats ont fait plus de 100 morts, dont environ 80 militants musulmans, et des milliers de civils rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh voisin.

« Je condamne totalement les violentes attaques contre le personnel de sécurité, qui ont provoqué la perte de nombreuses vies et le déplacement de milliers de personnes », a dit M. Zeid dans un communiqué. Il a toutefois souligné que ces événements étaient non seulement « regrettables », mais qu' »ils étaient prévisibles et auraient pu être empêchés ».

« Des décennies de violations persistantes et systématiques des droits de l’homme, y compris les très brutales réponses sécuritaires aux attaques depuis octobre 2016, ont presque certainement contribué à alimenter un extrémisme violent, dont personne ne sort vainqueur », a estimé le Haut-Commissaire.

Malgré des décennies de persécutions en Birmanie, où leur communauté est marginalisée et considérée comme étrangère, les Rohingyas n’avaient jusqu’alors jamais recouru à la lutte armée. Mais la donne a complètement changé en octobre 2016, lorsqu’un groupe de rebelles rohingyas jusqu’ici inconnu a déclenché des attaques surprises contre des postes-frontières.

L’armée birmane a violemment réagi et engagé une campagne de répression qui, selon l’ONU, pourrait s’assimiler à une épuration ethnique.

M. Zeid a par ailleurs fait part de son inquiétude à l’égard de déclarations « irresponsables » en provenance du bureau de la Conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi, le Prix Nobel de la Paix et de facto chef du gouvernement birman, dans lesquelles des travailleurs humanitaires internationaux sont accusés d’être complices ou de soutenir ces attaques.

« Je suis extrêmement préoccupé par les allégations insupportables portées contre des organisations d’aide internationales qui mettent leurs employés en danger et risquent de les empêcher de livrer une aide essentielle », a-t-il dit.


Source AFP

Août 2017