Birmanie – Aung San Suu Kyi accuse la minorité Rohingyas d’utiliser des enfants soldats

Il s’agit d’une crise majeure, que la cheffe du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi ne parvient pas à endiguer.

La communauté musulmane birmane continue d’être persécutée, dans ce pays majoritairement bouddhiste. Au moins 3000 Rohingyas ont fui le pays pour se diriger vers le Bangladesh, a indiqué les Nations Unies le lundi 28 août. Cet exode fait suite à une flambée de violences, qui ont fait au moins près de 100 morts en quelques jours, dont 12 membres des forces de sécurité, d’après la police.

La prix Nobel de la Paix et chef du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, a accusé les rebelles musulmans rohingyas, qui mènent des attaques meurtrières dans l’ouest du pays, d’utiliser des enfants soldats et de mettre le feu à des villages.

Ces déclarations sont à prendre avec précaution, le gouvernement birman s’aligne jusqu’ici sur une armée aux méthodes controversées. Celle-ci est accusée par des ONG de défense des droits de l’Homme comme « Human Rights Watch » d’incendier des villages musulmans et de commettre des atrocités.

« Les terroristes ont combattu les forces de sécurité en utilisant des enfants sur la ligne de front », accuse le bureau de la Conseillère spéciale de l’État Aung San Suu Kyi. Ceux-ci sont des enfants des villages locaux, équipés de couteaux, principale arme des attaques commises depuis vendredi, assurent les autorités birmanes. « Ils incendient aussi des villages de minorités ethniques », est-il précisé dans cette déclaration, publiée sur la page Facebook de la Conseillère d’Etat, voie de communication officielle du gouvernement civil.

Des affrontements entre musulmans et bouddhistes

Les violences se déroulent en État Rakhine, région de l’ouest du pays secouée depuis plusieurs années par de fortes tensions entre musulmans rohingyas et bouddhistes.

De son côté, le groupe de rebelles rohingyas ayant revendiqué les attaques coordonnées contre plusieurs postes de police depuis vendredi, l’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA), dément. « Lors de leurs raids sur des villages rohingyas, les soldats birmans se sont fait accompagner d’extrémistes » bouddhistes, qui « mettent le feu aux maisons », assure lundi le groupe sur son compte Twitter, @ARSA_Official.

Considérés comme des étrangers en Birmanie, les Rohingyas sont victimes de multiples discriminations: travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres. Ils ont également un accès limité à l’éducation, ainsi qu’aux autres services publics.

Depuis 2011, et la dissolution de la junte militaire qui a régné pendant près d’un demi-siècle sur le pays, les tensions entre communautés se sont accrues. Un puissant mouvement de moines nationalistes n’a cessé ces dernières années d’attiser la haine, estimant que les musulmans représentent une menace pour la Birmanie, pays bouddhiste à plus de 90%.

Ces musulmans sunnites parlent une forme du chittagonien, dialecte bengali utilisé dans le sud-est du Bangladesh, d’où ils sont originaires. Environ un million d’entre eux vivent en Birmanie, dont une partie dans des camps de réfugiés. Mais le pays leur refuse la citoyenneté.

La loi birmane sur la nationalité de 1982 spécifie en effet que seuls les groupes ethniques pouvant faire la preuve de leur présence sur le territoire avant 1823, date de la première guerre anglo-birmane qui a mené à la colonisation, peuvent obtenir la nationalité birmane. Elle les a donc laissés apatrides.

Aung San Suu Kyi, vivement critiquée

Aung San Suu Kyi, 72 ans, est très critiquée à l’étranger pour sa gestion du dossier rohingya et la violation des droits de l’Homme. Selon un article du Monde, « l’armée birmane reste très puissante et a conservé de multiples leviers du pouvoir. Otage du compromis, Aung San Suu Kyi est prisonnière d’une autre manière ».

Surnommée la Lady, elle fut le symbole de l’opposition à la dictature militaire du pays. En 1991, elle reçoit le prix Nobel de la Paix. Placée en résidence surveillée ou emprisonnée pendant 20 ans (de 1990 à 2010), Aung San Suu Kyi finit par accéder au pouvoir en mars 2016. Depuis, elle incarne la fonction de ministre de la présidence de la République de l’Union de Birmanie.

Le lundi, le Vatican a annoncé la visite du pape François en Birmanie, du 27 au 30 novembre prochains.

« De tristes nouvelles sont arrivées sur la persécution de la minorité religieuse de nos frères Rohingyas », a-t-il déclaré dimanche devant des milliers de fidèles réunis sur la place Saint-Pierre pour l’angélus, avant de demander à ce que « tous leurs droits soient respectés ».


Source huffingtonpost avec AFP

Août 2017