Katherine Johnson: Génie du chiffre et une source d’inspiration depuis un demi-siècle

Un portrait dressé par Discov-her
John Glenn, Alan Shepard, Neil Armstrong, Buzz Aldrin… les héros qui ont écrit l’histoire de la course à l’espace pour le camp américain sont aussi nombreux que célèbres. En revanche, on sait peu de choses des milliers de femmes qui ont œuvré dans la coulisse pour s’assurer que ces hommes puissent voyager dans l’espace, et surtout rentrer à bon port. Pour fêter ses 99 ans, DiscovHER brosse le portrait d’une de ces surdouées, Katherine Johnson, qui triompha du sexisme et du racisme de son époque pour se frayer une place bien méritée dans nos livres d’histoire.

Née en 1918 en Virginie-Occidentale, Katherine Johnson est la benjamine d’une famille de quatre. Dès le plus jeune âge, elle montre une telle aisance pour les chiffres qu’elle finit ses exercices scolaires avant ses aînés et se paie même le luxe d’aider ces derniers à résoudre leurs problèmes algébriques complexes. Lorsqu’ils s’aperçoivent de son don, ses parents, très investis dans l’éducation de leurs enfants, s’installent en cours d’année scolaire dans le comté voisin afin qu’ils puissent tous aller au lycée. En effet, leur comté natal de Greenbrier ne compte aucun établissement secondaire public ouvert aux Afro-américains.

Le baccalauréat à 14 ans 

Katherine obtient son baccalauréat à l’âge de 14 ans et intègre le West Virginia State College, une université traditionnellement réservée aux Noirs.

Elle s’inscrit à tous les cours qui y sont proposés et fait si forte impression à ses professeurs que beaucoup la prennent sous leur aile, allant même jusqu’à ajouter de nouveaux cours spécialement pour elle.

En 1937, à 18 ans, elle décroche ses diplômes de mathématiques et de français avec les félicitations du jury. Malgré son génie, elle ne peut échapper à la situation qui prévaut dans le sud des États-Unis des années 1950 et doit donc composer avec un sexisme et une ségrégation qui lui ferment beaucoup de portes.

Figure d’ordinateur en jupe

Il lui faut attendre 1952 pour rejoindre les rangs de la NACA – future NASA – à un poste qu’elle qualifie « d’ordinateur en jupe » qui implique essentiellement de calculer les données des boîtes noires d’avions et d’exécuter d’autres tâches mathématiques bien circonscrites.

En 1958, Katherine est mutée à la division Guidage et Commande du Centre de recherche spatiale de Langley, au sein duquel elle évolue aux côtés d’hommes blancs. Alors qu’elle est censée exercer ces fonctions à titre temporaire, elle parvient par l’exactitude et le caractère novateur de ses méthodes de calcul à s’y imposer comme ingénieure aérospatiale, ce qui la conduira à participer à nombre de campagnes spatiales devenues célèbres, à l’image de la mission Mercury de 1961, du vol orbital de John Glenn, des missions lunaires Apollo 11 & 13 et, plus tard, des programmes de la navette spatiale.

Sa renommée est telle que John Glenn, après que la NASA eut calculé sa trajectoire à l’aide d’un ordinateur, lui demanda de refaire les calculs elle-même, assurant qu’il n’aurait l’esprit tranquille que si elle retombait sur les mêmes chiffres que la machine.

Distinguée pour sa contribution à la science

Katherine prend sa retraite en 1986 au terme d’une carrière aussi mouvementé qu’accomplie. Devenue un modèle pour de nombreux astronautes en devenir, mais aussi pour les femmes en général, elle a obtenu de nombreuses distinctions pour sa contribution à la science. Fin 2015, le président Barack Obama lui remet la médaille présidentielle de la Liberté – plus haute distinction civile américaine – et rappelle combien elle avait fait avancer la cause des femmes afro-américaines engagées dans les domaines de la science, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques.

En 2016, la NASA lui rend hommage en donnant son nom à un nouveau bâtiment du Centre de recherche de Langley, le Katherine G. Johnson Computational Research Facility.

La même année, sa vie et son œuvre sont dépeintes dans Les Figures de l’ombre, un film qui retrace également le destin de deux autres pionnières afro-américaines de la NASA, Dorothy Vaughan et Mary Jackson.

Katherine Johnson, qui sera centenaire l’an prochain, est une source d’inspiration depuis un demi-siècle… et continuera de l’être pendant au moins un siècle !


Copyright – DiscovHer

Août 2017