Danemark – Kim Wall morte accidentellement dans le sous-marin de Peter Madsen?

Danemark – Inventeur exalté, mu par une ambition dévorante confinant à la mégalomanie, le Danois Peter Madsen, mis en cause dans la mort de la journaliste Kim Wall, a fait de sa vie un défi permanent aux lois terrestres.

« Ma passion est de trouver des moyens de voyager vers les mondes au-delà du connu », écrivait l’inventeur autodidacte, qui avait adopté le surnom de « Rocket Madsen », sur le site de son association spatiale, RML Space Lab.

C’est à Copenhague, à bord de son sous-marin de 18 mètres, l’UC3 Nautilus, qu’il a embarqué le 10 août la journaliste Kim Wall pour un reportage. Le tronc de la Suédoise, âgée de 30 ans, a été découvert lundi 21 août dans une baie non loin de Copenhague, lesté par un morceau de métal, la tête et les membres sciemment coupés.

Que s’est-il passé à bord de l’UC3 Nautilus ?

Le mystère reste entier sur les circonstances de la mort de Kim Wall.

Comment Kim Wall, dont le tronc mutilé a été sorti des eaux troubles du détroit entre le Danemark et la Suède, a-t-elle trouvé la mort ?

Seul le concepteur du sous-marin à bord duquel la Suédoise a disparu détient les clés du mystère.

Elle avait été signalée comme disparue par son compagnon inquiet le 11 août. Le même jour, Peter Madsen était secouru dans le détroit de l’Öresund peu avant le naufrage de son sous-marin, dont les enquêteurs pensent qu’il l’a intentionnellement sabordé. L’engin a depuis été renfloué et passé au peigne fin par la police scientifique.

Après avoir initialement déclaré l’avoir débarquée vivante près de la capitale danoise, Peter Madsen a expliqué que la journaliste était décédée dans un accident survenu sur son sous-marin et qu’il avait jeté son corps à la mer.

Malgré l’identification formelle du tronc, Peter Madsen, inventeur autodidacte de 46 ans passionné par les abysses marins et spatiaux, s’en tient pour l’heure à ses dernières déclarations

Kim Wall a été victime d’un accident et qu’il lui avait offert une sépulture marine en baie de Køge, en jetant son corps par-dessus bord .

Causes de la mort inconnues

Après ces révélations, les enquêteurs souhaitent réentendre Peter Madsen, selon Jens Møller Jensen. Peter Madsen reste à ce stade soupçonné par les enquêteurs « d’homicide involontaire par négligence », mais Jens Møller Jensen n’a pas exclu mercredi que le chef d’accusation pourrait être modifié.

« Je n’ai pas l’intention de spéculer sur un mobile », a-t-il toutefois déclaré, se refusant à dire si l’autopsie avait pu mettre en évidence les stigmates d’une agression sexuelle.

Les médias danois et suédois qui suivent l’affaire nuit et jour, se perdent en conjectures et tentent de décrypter la personnalité du suspect.

Peter Langkjær Madsen, 46 ans, a grandi dans la petite ville lacustre de Saeby, à une centaine de kilomètres de la capitale, dans un foyer tranquille. Ses parents se séparent alors qu’il n’a que six ans et Peter est confié à son père restaurateur décrit comme un homme autoritaire par Peter. « Quand je pense à mon père, je pense aux enfants, en Allemagne, dont le père était commandant d’un camp de concentration », confie-t-il au journaliste Thomas Djursing, auteur d’une biographie publiée en 2014.

Au contact de cet homme épris d’histoire militaire, d’épopées navales et aériennes, l’adolescent se met à rêver de l’immensité spatiale. A 15 ans, il fonde sa première entreprise, Danish Space Academy, pour acheter des pièces détachées dans l’espoir de construire une fusée. A la mort de son père, trois ans plus tard, il commence des études d’ingénieur qu’il abandonne dès qu’il estime en savoir assez.

Ainsi armé, il met à l’eau en 2008 l’UC3 Nautilus, alors un des plus grands sous-marins privés au monde. Parallèlement, il poursuit son ambition spatiale et parvient, en juin 2011, à lancer une fusée depuis une plate-forme flottante au large de l’île de Bornholm, en mer Baltique.

Malgré ces succès, l’homme décrit par certains proches comme non violent, qui ne boit pas ni ne se drogue, présente selon d’autres un tempérament erratique, un refus de la contradiction, des humeurs soudaines.

« Il est en colère contre Dieu et les hommes », résume ainsi Thomas Djursing. « Le fil directeur de sa vie, ce sont les conflits. Il a du mal à se mettre d’accord avec les autres, il a de grandes ambitions et veut tout faire à sa manière ».

Les premières fusées que « l’inventrepreneur » comme le décrit son site internet a propulsé dans l’espace, jusqu’à 8 kilomètres d’altitude, étaient issues d’un partenariat avec un ancien architecte de la Nasa, Kristian von Bengtson. Les deux hommes finissent par se brouiller en 2014 et Madsen crée RML Space Lab en espérant un jour tutoyer les étoiles. « Je suis parfaitement conscient du fait que mon humeur est responsable du départ de Kristian et j’en suis désolé », reconnaîtra-t-il.

Peter Madsen se fait aussi des inimitiés dans le monde des sous-mariniers amateurs: alors que 25 bénévoles ont oeuvré à la construction du Nautilus, il récupère l’entière jouissance du sous-marin en 2015.

Peu avant, il écrit à certains qu’une « malédiction pèse sur le Nautilus. Cette malédiction, c’est moi. Il n’y aura jamais de sérénité sur le Nautilus tant que j’existerai ». Peter Madsen justifiait son indépendance par cette étrange formule: « je suis autoentrepreneur, c’est la force de la dictature ».

La liberté a parfois un prix: il avouait en avril sur son blog que l’association qui le soutenait comptait 15 fois moins de contributeurs payants que dans ses anciens projets. Ladite association a annoncé sa dissolution après l’identification du tronc appartenant à Kim Wall. « Le rêve est brisé », écrit-elle sur son site internet.


Source AFP

Août 2017