Etats Unis – Violences de Charlottesville: Boston dans les rues pour dire non au racisme

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre le racisme ce samedi à Boston, dans un climat de forte tension aux États-Unis une semaine après les violences de Charlottesville.

De nombreuses associations avaient appelé à une grande manifestation après qu’un groupe, auquel promettaient de se joindre des conservateurs proches de l’extrême droite, eut appelé à un rassemblement dans le centre de Boston ce samedi officiellement pour défendre la «liberté d’expression» – une expression devenue symbole de discours anti-politiquement correct et parfois raciste.

Vers midi, quelque 4000 manifestants antiracisme et antifascisme descendaient Tremont Street sous le soleil, en direction de Boston Common, une des places les plus célèbres de ce bastion démocrate et anti-Trump qu’est cette métropole du nord-est des États-Unis, selon un photographe de l’AFP sur place. «Il est temps de faire quelque chose», a déclaré Katie Zipps, une manifestante venue de Malden, au nord de Boston. «On est là pour grossir le nombre de ceux qui résistent».

Deux cortèges de plusieurs milliers de personnes avaient prévu de converger vers Boston Common, à proximité du rassemblement au nom de la liberté d’expression, qui lui ne devait pas réunir plus de quelques centaines de personnes, selon la page Facebook des organisateurs.

La police et les autorités municipales ont multiplié les appels au calme, tant les manifestations de Charlottesville du week-end dernier ont créé un climat électrique aux États-Unis.

Une femme de 32 ans, Heather Heyer, est morte et 19 personnes ont été blessées lors de ces manifestations, qui ont suscité une profonde indignation alimentée par des réactions de Donald Trump jugées incendiaires par beaucoup, y compris dans le camp républicain.

Le président américain a en effet renvoyé dos à dos les militants d’extrême droite et les contre-manifestants qui dénonçaient le racisme.

«Nous ne tolérerons aucune violence d’aucune sorte», a encore averti samedi le maire de Boston, Marty Walsh, dans un tweet. «Je demande à tout le monde de rester pacifique et de respecter notre ville (…) Nous sommes unis contre l’intolérance», a-t-il ajouté.

La police était déployée en force le long du cortège de manifestants. Quelque 500 policiers étaient chargés de séparer manifestants des deux bords si nécessaire, selon les médias locaux. La police a aussi multiplié les avertissements aux manifestants sur les réseaux sociaux, en leur rappelant notamment que tout ce qui pourrait ressembler à une arme (bâton, pierre, etc.) était interdit.

Donald Trump de plus en plus isolé

Le présent Trump a annoncé samedi qu’il bouderait la remise de prix à la culture la plus prestigieuse de Washington, dernier signe en date de son isolement grandissant après l’une des semaines les plus désastreuses de sa jeune présidence.

Déclarations outrées de ténors de son propre parti républicain, vague de défections dans ses cercles économiques et camouflets de grands noms de la culture: le profond malaise autour des propos ambigus du président américain sur les violences racistes de Charlottesville, où un sympathisant néo-nazi a tué une jeune femme, persiste.

C’est dans ce contexte tendu qu’un rassemblement était organisé à la mi-journée à Boston, officiellement en faveur de la liberté d’expression mais devant réunir des militants d’extrême droite. Les autorités de cette ville universitaire du nord-est des Etats-Unis craignent des débordements alors que des organisations antiracistes et d’extrême gauche ont prévu une contre-manifestation qui rassemblait déjà des milliers de personnes en fin de matinée.

Division

C’est justement le « discours alimentant la division » de l’administration Trump qu’avait cité jeudi la chorégraphe américaine Carmen de Lavallade pour décliner l’invitation à une réception de la Maison Blanche organisée pour la remise, le 3 décembre, des prix artistiques les plus prestigieux de Washington, les Honneurs du Kennedy Center.

Avant elle, le réalisateur Norman Lear avait prévenu qu’il ne s’y rendrait pas non plus. Echaudé par « les controverses », le chanteur Lionel Richie, autre lauréat, a lui expliqué cette semaine qu’il réservait encore sa décision.

Face aux désistements annoncés, les Trump ont pris les devants samedi, expliquant qu’ils ne seraient pas de la fête pour éviter une « distraction politique ». Mes responsables du Kennedy Center ont rapidement salué cette décision: « En décidant de ne pas participer aux activités cette année, l’administration a gracieusement montré son respect pour le Kennedy Center et permet de s’assurer que la cérémonie des Honneurs reste un moment spécial bien mérité pour les lauréats ».

Base fidèle

Ce n’est pas la première grande tradition de Washington que Donald Trump décide de bouder. Il avait déjà évité en avril le dîner annuel des correspondants qui réunit le gratin de la presse et du monde politique américain. Des décisions qui ne sont pas pour déplaire à sa base, gourmande de ces prises de distance vis-à-vis d’un establishment maintes fois dénoncé pendant sa campagne électorale.

Au contraire, ses supporteurs lui restent farouchement fidèles: six sur dix assurent ainsi qu’ils ne changeront pas leur avis favorable quoi que fasse Donald Trump, dans un sondage de l’université de Monmouth (mené du 10 au 14 août auprès de 805 personnes). Loin de marquer une pause dans l’avalanche de rebondissements qui déferlent sur Washington depuis son arrivée à la Maison Blanche le 20 janvier, les « vacances studieuses » de Donald Trump dans le New Jersey et à New York ont été secouées par la polémique et les annonces surprises.

Tentant d’ouvrir un nouveau chapitre vendredi après une semaine marquée par l’affaire de Charlottesville, il a réuni son équipe de sécurité nationale à Camp David pour se pencher sur la stratégie américaine en Afghanistan.

« Journée importante passée à Camp David avec nos généraux et dirigeants militaires très talentueux. De nombreuses décisions prises, y compris sur l’Afghanistan », a écrit Donald Trump sur Twitter samedi matin, sans toutefois en préciser la teneur.

Le président américain a aussi remercié, d’un tweet sans effusions, Steve Bannon, son sulfureux conseiller stratégique, qu’il a congédié vendredi


Source AFP avec Reuters

Août 2017