Crime contre l’humanité commis en Bosnie : Portraits de femmes criminelles de guerre

La plus célèbre des femmes criminelles de guerre reste l’ex-vice-présidente des Serbes de Bosnie, Biljana Plavsic, aujourd’hui 86 ans. Seule femme jugée devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), elle a été condamnée en 2003 à 11 ans prison pour crime contre l’humanité. L’ex-présidente a plaidé coupable lors de son procès..

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a condamné le 27 février 2003, l’ancienne présidente des Serbes de Bosnie, Biljana Plavsic à onze ans de prison pour crime contre l’humanité commis lors du conflit en Bosnie (1992-1995). Le procureur avait requis quinze à vingt-cinq ans de prison.

Née le 7 juillet 1930 à Tuzla en Bosnie-Herzégovine, Biljana Plavsic, était âgée de 72 ans lors de son procès en 2003. Elle assumait la fonction essentiellement symbolique de présidente de la République Serbe de Bosnie-Herzégovine. Biljana Plavsic a été la première inculpée par le TPI et l’une des rares à se rendre volontairement au tribunal de La Haye. Elle est aussi la première responsable de haut-rang ayant reconnu être coupable de crime contre l’humanité pour son rôle dans la guerre. Elle a notamment admis avoir joué un rôle-clef dans la campagne de nettoyage ethnique menée par les nationalistes serbes contre les Musulmans et les Croates de Bosnie entre 1992 et 1995 et qui s’est traduite par des expulsions forcées, des exécutions et l’internement de plusieurs milliers de civils dans des camps.

Purification ethnique planifiée

Le président du TPIY, Richard May, a déclaré que Biljana Plavsic avait participé à des crimes d’une extrême gravité pendant le conflit qui a déchiré l’ancienne république yougoslave entre 1992 et 1995 et qu’une clémence indue serait déplacée. Toutefois, le TPIY a tenu compte du fait qu’elle ait plaidé coupable et qu’elle se soit efforcée de ramener la paix et la réconciliation après la guerre. Dans un document écrit, Biljana Plavsic reconnaît en effet l’existence d’un plan de purification ethnique en Bosnie dans lequel l’ancien président Slobodan Milosevic a eu un rôle moteur, selon elle.

Après plus de quatre ans de procédure, le procès de Slobodan Milosevic a été officiellement clos, mardi 14 mars 2006, pour cause de décès de l’inculpé. Le corps de Milosevic a été retrouvé dans sa cellule du centre de détention des Nations unies à La Haye. L’ancien président yougoslave avait 64 ans.

« Les femmes sont tout aussi capables de commettre des crimes », dit à l’AFP l’écrivaine croate Slavenka Drakulic, qui a écrit « Oni ne bi ni mrava zgazili » (« Ils n’auraient pas fait de mal à une mouche »), essai sur les criminels des guerres de l’ex-Yougoslavie.

« Une femme à une telle position comme l’a été Biljana Plavsic. doit être meilleure que des hommes. Dans ces circonstances, cela signifiait avoir des prises de positions plus radicales », avance Slavenka Drakulic, dans un essai sur Biljana Plavsic. Elle y rapporte la rhétorique scientifico-raciste de l’ex-président, qui a été également professeure de biologie. Biljana Plavsic expliquait que les Musulmans de Bosnie étaient « une erreur génétique sur le corps serbe ».

La maîtresse de la vie et de la mort

Dans un tribunal de Sarajevo, Azra Basic 58 ans est jugée pour crimes de guerre. Difficile d’associer avec les violences qui lui sont reprochées cette femme devenue infirmière aux Etats-Unis avant d’être rattrapée par le passé.

Durant les audiences, son regard s’enfuit vers une fenêtre ou reste fixé sur sa table. Pour Slobodan Jovic, 72 ans, un paysan serbe de Bosnie, c’est bien elle qu’il a vu accompagner plusieurs hommes, vêtue d’un treillis militaire: Elle avait un pistolet, « avec un objet en main, elle s’est mise à nous frapper, l’un après l’autre, alignés contre le mur ». Selon l’accusation, elle a aussi égorgé un détenu.

Vendredi, pour la première fois, la cour a entendu le son de sa voix tremblante quand elle s’est adressée au fils de cet homme: « Je n’étais pas cette personne. Je vous le jure devant dieu et c’est tout. »

Boris Grubesic, du parquet bosnien pour les crimes de guerre, évoque « un certain nombre de dossiers, en phase préparatoire ou en phase d’enquête » concernant des femmes.

Elles sont une dizaine comme Azra Basic, inculpées ou condamnées pour des crimes lors du conflit inter-communautaire bosnien qui a tué environ 100.000 personnes entre 1992 et 1995. Plusieurs centaines d’hommes ont été condamnés.

En mars, la Suisse a extradé une ancienne des forces bosniaques musulmanes, Elfeta Veseli, pour l’assassinat en 1992 d’un Serbe de 12 ans en Bosnie orientale. Alors que sa famille s’était enfuie, le garçon était revenu rechercher un chien oublié. Il l’a payé de sa vie.

Rasema Handanovic, 44 ans, avait émigré aux Etats-Unis. Ayant menti sur son passé, cette ancienne d’une unité spéciale bosniaque musulmane a été extradée en 2011. L’année suivante, après avoir plaidé coupable de l’exécution de six Croates à Trusina (sud), elle a été condamnée à 5 ans et demi de prison. Une peine clémente en échange de son témoignage glaçant: « L’ordre était de faire le travail à Trusina, de sorte à ce qu’aucune poule ne reste en vie. »

Pour le psychologue bosnien Ismet Dizdarevic, « chacune de ces femmes a une raison personnelle pouvant expliquer son déchaînement sadique qui visait des hommes ». Peu de criminelles, donc, mais une cruauté notable, « pour prouver leur puissance au milieu des hommes », dit le praticien. La plupart des crimes de ces femmes ont été commis dans un contexte de détention.


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Juillet 2017