Venezuela – Le sort de la procureure dissidente, Luisa Ortega au centre du jeu

Venezuela – La Cour suprême s’apprête à décider du sort de la procureure dissidente Luisa Ortega, devenue le visage de la contestation et dont la destitution pourrait amplifier les manifestations qui agitent le pays depuis plus de trois mois.

Menacée d’un procès pour faute grave qui pourrait conduire à l’écarter de ses fonctions, Luisa Ortega, avocate de 59 ans devrait être fixée sur son sort ce mercredi. La semaine dernière, elle s’était déjà vue interdite de sortie du territoire par la Cour suprême (TSJ), qui lui a également gelé ses comptes et ses avoirs.

Réputée disciplinée et de caractère ferme, Mme Ortega a commencé à perdre foi dans le gouvernement socialiste en 2016, selon son époux. Sa première prise de parole critique remonte au 31 mars 2017: elle a dénoncé une « rupture de l’ordre constitutionnel » après la décision du TSJ de s’arroger les pouvoirs du Parlement, seule institution contrôlée par l’opposition.

Perçue depuis par son camp comme une « traîtresse », elle n’a cessé ces derniers mois de fustiger les dérives du gouvernement, contestant l’impartialité des magistrats du TSJ et critiquant l’armée, autre pilier du président Nicolas Maduro, pour sa violence contre les manifestants.

Sa mise à l’écart risquerait d’aviver les protestations et donnerait du grain à moudre à l’opposition.

Le Parlement, qui l’avait accueillie debout et sous les applaudissements lors son récent passage dans l’hémicycle, devait débattre mardi de cette procédure intentée contre la cheffe du parquet national. La décision de la Cour suprême est attendue alors que le pays sud-américain, dont l’économie a sombré avec la chute des cours du pétrole, vit une semaine décisive.

Le camp du président Maduro est en campagne électorale en vue de la désignation le 30 juillet des membres de l’Assemblée constituante. Celle-ci aura pour mission de refonder la Constitution. Un projet fermement rejeté par les antichavistes (du nom d’Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013), lesquels y voient une manière de contourner l’Assemblée nationale élue, et dominée depuis 2016 par l’opposition.

Désobéissance civile

En signe de contestation, l’opposition a prévu dimanche une consultation populaire symbolique sur cette Constituante, dans 1.600 bureaux de vote à travers le pays, et multiplie manifestations et blocages pour accroître la pression sur le gouvernement.

Présenté comme un acte de « désobéissance civile », ce plébiscite a pour but selon l’opposition de rendre visible le rejet par la population de cette future assemblée. Selon la société de sondages Datanalisis, près de 70% des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80% dénoncent la gestion du chef de l’Etat.

Une forte participation à la consultation de dimanche conjugué à une abstention élevée lors de l’élection de ses membres à la fin du mois pourrait compromettre la « viabilité et la gouvernabilité de la Constituante », selon l’analyste Benigno Alarcon.

L’Eglise catholique aussi est montée au créneau, dénonçant la semaine dernière « l’inscription dans la Constitution d’une dictature militaire, socialiste, marxiste et communiste ». Elle a appelé lundi M. Maduro à renoncer à son projet de Constituante.

Les adversaires du chef de l’Etat socialiste se sentent par ailleurs portés par la libération de prison, officiellement pour « raisons de santé », d’un de leurs emblématiques porte-drapeau, Leopoldo Lopez, 46 ans, désormais assigné à résidence. Il avait été condamné en 2014 à 14 ans de privation de liberté pour « incitation à la violence » pendant des manifestations contre Nicolas Maduro en 2014, qui avaient fait 43 morts.

Des affrontements lundi entre forces de sécurité et partisans de l’opposition bloquant les rues ont encore fait un mort parmi les manifestants et des dizaines de blessés. Depuis le début de la vague de protestation, il y a plus de trois mois, 93 personnes sont décédées.

Par ailleurs, un candidat à la Constituante, José Luis Rivas, 42 ans, a également été tué par balles par des inconnus en faisant campagne dans la ville de Maracay (centre). Le parquet, qui a ouvert une enquête, n’a pas donné de détails.


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Juillet 2017