Liban – Avec « The Nawaya Project », Zeina Saab, révèle les talents de jeunes marginalisés

Un sujet de Marc-Antoine Pelaez – L’Orient-Le Jour, Liban


En 2012, Zeina Saab fonde The Nawaya Project, une ONG innovante dont la mission est de révéler les talents de jeunes Libanais marginalisés pour les aider à intégrer le monde du travail.

On a coutume de dire qu’une simple rencontre peut changer le cours d’une vie. Rien de plus vrai pour Zeina Saab. En 2009, alors que la Libano-Américaine Zeina Saab effectue son premier voyage humanitaire avec l’agence USAid à Chmestar, un village isolé du Liban, elle rencontre, dans un dédale de ruelles, Nadeen Ghosn, 14 ans. Peu farouche, l’adolescente lui présente spontanément une collection de dessins. Ses dessins.

Et ce que Zeina Saab découvre, ce ne sont pas des dessins maladroits d’enfant, mais une série de croquis de robes très élaborés. Des compositions qui ne détonneraient pas dans un atelier de couture. Et pourtant, Nadeen n’a jamais appris ne serait-ce que les bases du dessin de mode.

Zeina Saab est époustouflée. De retour chez elle, la jeune femme n’a qu’une idée en tête : aider Nadeen. « Quand je l’ai rencontrée, j’ai immédiatement su qu’elle pourrait devenir, un jour, une très grande créatrice de mode. Mais Nadeen ne pouvait compter sur aucun soutien. Et, sans moyens ni ressources, son talent ne serait probablement jamais mis en avant », raconte Zeina Saab, aujourd’hui âgée de 33 ans.

Objectif monde

Aider Nadeen : l’idée fait son chemin dans la tête de cette jeune titulaire d’une maîtrise en urbanisme du MIT. Jusqu’en 2012, année où elle fonde The Nawaya Project, une ONG innovante dont la mission est de révéler les talents de jeunes Libanais marginalisés pour les aider à intégrer le monde du travail.

Au cours des trois ans ayant suivi sa rencontre avec Nadeen, Zeina Saab a en effet eu le temps d’entreprendre les démarches nécessaires pour lancer son Talent Program. Il s’agit, pour la fondatrice du Nawaya Project et les dix membres de son équipe, de mettre en relation des jeunes issus de milieux défavorisés avec des formateurs et des professionnels.

L’objectif, pour les bénéficiaires – quelque 300 jeunes depuis le lancement –, est de développer et cultiver leur passion dans des domaines aussi variés que la conception, la musique, l’athlétisme, l’écriture et les arts du spectacle, voire le codage ou la robotique.

Et si son champ d’action se limite encore au Liban, Zeina Saab voit déjà plus loin. « Nous voulons élargir notre plate-forme à tout le Moyen-Orient. Et si cela fonctionne, nous créerons une communauté mondiale interconnectée, engagée dans le développement et l’autonomisation des jeunes marginalisés du monde entier », lance la fondatrice, convaincue.

Dès la première année d’implantation du Nawaya Network à Beyrouth, Zeina s’est démenée pour inscrire Nadeen Ghosn, la toute première bénéficiaire du programme, à la CAMM Fashion Academy, une des meilleures écoles de stylisme du Liban.

Grâce à une opération de financement participatif, Nadeen a obtenu 15 000 dollars pour financer ses trois années d’études. « En m’intégrant au programme Nawaya, Zeina m’a permis de suivre des cours dans des ateliers de mode de renom. Grâce au Talent Program, j’ai été formée par les meilleurs professionnels du secteur. J’ai pu voir comment on concevait des bijoux, des vêtements, des sacs à main… », confie Nadeen avec enthousiasme. Aujourd’hui, la jeune fille est indépendante. Elle travaille à temps plein à l’Atelier C., à Beyrouth, et rêve de créer sa propre ligne de vêtements dans quelques années.

Pour que son ONG perdure, Zeina Saab s’appuie sur des sponsors ainsi que sur des partenaires régionaux et internationaux, parmi lesquels Patchi, une entreprise libanaise de fabrication de chocolat, Global Fund for Children, King Abdullah Fund for Development ou encore l’Unicef… Le site de Nawaya dispose aussi d’un système de dons en ligne. www.nawaya.org impact-labzsaab@nawaya.org

« Les dons anonymes représentent la majorité de nos financements. Nous organisons aussi des événements pour le grand public et d’autres pour les investisseurs de tout le pays. Ce programme concerne énormément de personnes, car il est destiné en premier lieu aux jeunes Libanais, Syriens et Palestiniens », précise la chargée de communication de Nawaya, Maria Achkar.

Aujourd’hui, Nawaya a un nouveau grand projet : le programme Impact Lab, financé par l’Unicef, dont l’objectif est moins de dénicher des talents que d’aider de jeunes Libanais sans emploi à se lancer dans la vie active. « Tous les participants doivent savoir lire et écrire, et avoir entre 18 et 26 ans, c’est indispensable », précise la fondatrice.

Le projet Impact Lab consiste à organiser des rencontres avec les jeunes et à leur proposer des ateliers de réflexion. « Nous passons une semaine aux côtés des participants pour les aider à proposer et formuler, de manière créative, des solutions novatrices aux problèmes que rencontre leur communauté.

Les idées les plus viables sont ensuite soumises à des entrepreneurs, qui contribuent au développement et au financement des projets, à hauteur de 2 000 dollars pour les plus intéressants », poursuit Zeina Saab. À terme, les idées doivent devenir rentables – afin que leurs jeunes concepteurs aient réellement les moyens de prendre leur vie en main : c’est là, le cœur du projet Nawaya.


#impactJournalism source OLJ

Juillet 2017