Mexique – #nuestravozesnuestrafuerza (Notre voix est notre force) contre le meurtre des journalistes

Mexico – Plusieurs manifestations ont été organisées jeudi au Mexique, un mois après l’assassinat du journaliste Javier Valdez, spécialiste du narcotrafic, alors que l’enquête semble à l’arrêt.

Valdez, 50 ans, pigiste de l’AFP, a été abattu en plein jour le 15 mai à Culiacan, dans l’Etat de Sinaloa (nord), près des locaux de la revue Riodoce qu’il avait fondée. Sa mort a déclenché une vague de condamnations de gouvernements étrangers mais également de médias mexicains dans une lettre adressée aux autorités pour demander justice.

Cette vague d’indignation a obligé le président Enrique Peña Nieto à s’exprimer pour la première fois publiquement sur la mort d’un journaliste au Mexique.

Le chef d’Etat s’est engagé à renforcer et étendre les mécanismes de protection des reporters, ainsi qu’à combattre l’impunité dans un pays où plus de 90% de ces types de crimes restent impunis.

Depuis le début d’année, au moins quatre journalistes ont été tués au Mexique

Cecilio Pineda

Le journaliste a été abattu dans l’Etat de Guerrero, l’un des plus violents au sud-ouest du pays. Cecilio Pineda Brito dirigeait le journal local La Voz de la Tierra Caliente et avait été le correspondant de plusieurs autres journaux, dont le quotidien national La Jornada.

Il était couché dans un hamac près d’une laverie automatique de voitures à Altamirano, lorsque vers 19 h heure locale, deux hommes à moto l’ont criblé de balles. Cecilio Pineda Brito est décédé à l’hôpital le jeudi 2 mars 2017.

Le journaliste avait déjà reçu plusieurs menaces de mort. Il couvrait et diffusait sur Internet l’actualité de la Tierra Caliente, une zone très violente de culture de marijuana et d’opium qui connaît depuis plusieurs mois une vague d’enlèvements.

Ricardo Monlui,

Journaliste depuis plus de 30 ans, Ricardo Monlui Cabrera était Directeur du quotidien El Político et chroniqueur pour les quotidiens El Sol de Córdoba et le Diario de Xalapa.

Il a été abattu par deux individus non identifiés dans la municipalité de Yanga dans l’Etat de Veracruz, situé dans l’est du Mexique le 19 mars alors qu’il sortait d’un restaurant avec sa femme et son fils.

Monlui rédigeait régulièrement un éditorial sur la politique locale. Le procureur de l’État du Veracruz, Jorge Winckler, s’est refusé à donner des éléments sur l’investigation.

Miroslava Breach

La journaliste était spécialisée sur les affaires criminelles, travaillait pour les quotidiens La Jornada et El Norte de Juarez.

Elle a été abattue dans son véhicule le 23 mars à Ciudad Juarez (nord), alors qu’elle s’apprêtait à accompagner son fils à l’école.

L’un de ses derniers articles portait sur la guerre interne que se livrent actuellement deux chefs du cartel de Juarez.

Le procureur de l’État Cesar Auguste Peniche a indiqué à l’AFP que les responsables avaient été « à 100% identifiés« .

Il s’agit d’un groupe de narcotrafiquants opérant dans les montagnes de Chihuahua.

L’arme du crime « a été utilisée le mois dernier pour un autre meurtre » a-t-il précisé. L’enquête a été bouclée, mais les auteurs du meurtre sont toujours en liberté.

Maximino Rodriguez Palacios.

Le journaliste Maximino Rodriguez Palacios, travaillait pour le site d’information en ligne Colectivo Pericu.

Il a été abattu alors qu’il se garait devant un magasin avec sa femme handicapée le 14 avril en Basse Californie (nord-ouest), une zone jusqu’alors épargnée par les violences liées au narcotrafic.

L’attaque a été perpétrée par des inconnus «lourdement armés» selon les médias.

Les autorités ont arrêté quatre suspects et déterminé que le mobile du crime était lié à l’activité journalistique de Rodriguez. Selon des médias locaux, les suspects travailleraient pour le puissant cartel de Sinaloa.

Un autre, Salvador Adame, qui dirige une chaîne de télévision locale dans l’Etat de Michoacan (ouest), est porté disparu depuis son enlèvement par des hommes armés le 18 mai.

Selon RSF, le Mexique est le troisième pays le plus dangereux au monde pour exercer l’activité de journaliste après la Syrie et l’Afghanistan.

Vagues de sang

Un mois après l’assassinat de Valdez, l’enquête semble au point mort. Les proches de Valdez n’ont aucun contact avec les autorités judiciaires et aucune avancée dans l’investigation n’a été signalée. La juridiction en charge des meurtres de journalistes a de son côté rejeté les demandes d’information de l’AFP.

« Il y a des preuves, il y a des pistes » s’est contenté de commenter mercredi sur Radio Formula le responsable de cette juridiction, tout en ajoutant qu’il avait la « responsabilité de garder le secret« . Résonnant comme un aveu d’impuissance, le ministère mexicain de la Justice a de son côté offert mardi 81.500 dollars pour toute information permettant de remonter aux assassins de Pineda, Valdez, Rodriguez et Breach.

Selon ses collègues à Riodoce, la mort de Javier Valdez pourrait être liée à l’interview d’un des leaders du cartel de Sinaloa qu’il avait réalisée en février. Ce narcotrafiquant, Damaso Lopez Nunez alias « El Licendiado » (le diplômé), arrêté depuis à Mexico, était en lutte pour le contrôle de ce groupe criminel face aux fils de Joaquin « El Chapo » Guzman, extradé en janvier vers les Etats-Unis.

L’interview a « beaucoup dérangé » du côté des fils de « El Chapo » confiait en mai à l’AFP Ismael Bojorquez, le directeur de la revue.

Riodoce a convoqué jeudi une marche pour la paix entre la cathédrale de Culiacan et le siège du gouvernement de Sinaloa.

A Mexico, plusieurs débats ont été organisés ainsi qu’une manifestation dans le centre historique. Un groupe de journalistes américains a par ailleurs lancé un mouvement demandant aux médias de publier jeudi des articles sur Valdez et d’y associer le hashtag « #nuestravozesnuestrafuerza » (Notre voix est notre force).

D’autres manifestations étaient prévues dans d’autres villes du pays. A Merida, dans l’Etat de Yucatan (est), les élèves d’une école d’art ont peint une fresque murale en hommage à Javier Valdez.

Le journaliste y est représenté assis dans une barque constitué de papier journal, ramant péniblement à l’aide d’un énorme stylo sur des vagues de sang.


Source – AFP

Juin 2017