Yémen – Hosson,13 ans atteinte d’albinisme fait face à l’adversité et se surpasse à l’école

Au Yémen, les enfants atteints d’albinisme sont souvent victimes de discriminations et d’exclusion de la part des autres enfants et parfois même de leurs professeurs. Malgré cela, Hosson, une jeune fille de 13 ans, a réussi à rassembler ses forces face à l’adversité pour devenir aujourd’hui une élève brillante qui vient en aide aux enfants touchés par le conflit qui frappe le pays.

ADEN, Yémen, le 1er mai 2017 – Hosson, âgée de 13 ans, est en classe de 3e à l’école du 26-Septembre dans le quartier de Malla, à Aden. C’est l’une des meilleures de sa classe et elle adore enseigner les mathématiques aux enfants plus jeunes. Cependant, malgré son excellent niveau, elle est souvent la cible des moqueries de la part de ses camarades de classe, qui la surnomment « Al-Barsah », ce qui veut dire « la lépreuse ».

Hosson ne souffre pourtant pas de la lèpre. Atteinte d’albinisme, elle fait partie depuis sa naissance de la communauté des Muhamasheen, les exclus de la population yéménite. Les albinos souffrent généralement de problèmes ophtalmologiques et doivent protéger leur peau très sensible de la lumière du soleil. Leur pathologie étant mal connue et incomprise, adultes et enfants sont souvent socialement exclus. Ils sont la cible de moqueries, de discriminations et de violences, et leurs chances sont moindres de terminer leur scolarité, de trouver un emploi ou encore un(e) futur(e) époux(se).

« Je sais que je suis différente, que j’ai l’air bizarre. Mais ce n’est pas ma faute. Je suis telle que Dieu m’a créée. Je suis comme tout le monde. J’ai des sentiments. Et pourtant les gens m’évitent constamment. Je n’ai presque pas d’amis. Seul mon père me comprend, m’aide et m’encourage à aider les autres enfants du quartier à étudier », confie-t-elle.

Sa voisine, Faiza, âgée de 12 ans, est l’une de ses rares amies.

« Hosson et moi sommes amies et je l’aime énormément. Son apparence ne m’a jamais dérangée. Elle passe beaucoup de temps à nous aider à étudier, les autres enfants et moi. Je sais que certains se moquent d’elle mais ce n’est pas juste, c’est cruel », explique-t-elle.

Hosson est la dernière d’une fratrie de neuf enfants. Sa famille, très pauvre, habite dans le quartier de Malla. Malgré cela, elle adore l’école et a d’excellentes notes.

« Au début, quand j’allais à l’école, je pleurais lorsque les autres enfants se moquaient de moi ou m’appelaient « la bête ». Même les professeurs étaient méchants. Ils me demandaient de m’asseoir au fond de la classe parce qu’ils croyaient que j’étais contagieuse », raconte Hosson.

Mais elle se rappelle également le jour où son père est venu à l’école pour parler au directeur et aux professeurs. Les larmes aux yeux, il leur a simplement demandé de la traiter avec respect et dignité.

« Cela m’a énormément marquée en tant qu’enfant. Depuis ce jour, j’ai décidé de me défendre et de ne plus laisser les autres m’embêter », poursuit la jeune fille.

Sa volonté de se surpasser et d’aider les autres l’a amenée à s’impliquer dans le programme d’urgence soutenu par l’UNICEF pour les enfants touchés par le conflit et victimes de la violence. En 2015, elle fut l’une des 50 élèves de son école sélectionnés pour participer aux formations de consolidation de la paix et de soutien psychosocial par le biais de l’éducation par les pairs.

« Chaque semaine, avec d’autres élèves formés, nous enseignons à nos camarades de classe à communiquer de manière efficace, à respecter l’autre dans ses opinions et ses différences, à penser positivement et à construire des relations de confiance. Mais par-dessus tout, nous apprenons à demander de l’aide quand on se sent triste et déprimé », explique Hosson.

Son professeur d’anglais, Usstad Gamal, ne tarit pas d’éloges à l’égard de cette adolescente aussi courageuse que déterminée.

D’après lui, Hosson est une jeune fille vraiment passionnante. Elle adore l’anglais et elle a un bon niveau. Elle est intelligente, mais elle est souvent seule et les gens qui l’entourent ont beaucoup contribué à cet isolement. Pourtant, certains l’aiment comme elle est et ne la trouvent pas différente.

Pour ce qui est de l’avenir, Hosson adore les sciences et voudrait devenir médecin.

« Je ne vais pas abandonner mes rêves. Pour moi, je suis normale. J’ai peut-être l’air différent, mais j’ai une tête qui me permet de penser, d’apprendre et d’étudier », affirme-t-elle.

« Quand je me regarde dans le miroir, je ne vois que moi, Hosson. Et je continuerai à me regarder dans le miroir sans être désolée ou triste de ce que j’y vois. Je suis née ainsi et c’est ainsi que je vivrai ».


Copyright – Unicef par Ansar Rasheed


Juin 2017