Russie – Natalia Charina, directrice d’une bibliothèque ukrainienne condamnée pour extrémisme

Moscou, Russie – La directrice d’une bibliothèque ukrainienne de Moscou a été condamnée lundi à quatre ans de prison avec sursis pour extrémisme et détournement de fonds, un jugement qu’elle a dénoncé comme politiquement motivé.

Le tribunal Mechtchanski de Moscou a estimé que la culpabilité de Natalia Charina, 59 ans, « a été entièrement prouvée » et l’a condamné à quatre ans de détention avec sursis, selon une journaliste de l’AFP présente dans la salle d’audience.

Assignée à résidence depuis 2015, Mme Charina était accusée d’avoir incité à la haine raciale en diffusant de la « littérature extrémiste » via sa bibliothèque et d’avoir détourné plus de 2 millions de roubles (environ 34.000 euros).

« Je ne comprends pas ce jugement (…). Il est irréel », a déclaré Natalia Charina, en qualifiant ce procès de « politiquement motivé ». « Aucun des livres mentionnés (par la justice, ndlr) n’était dans notre salle de lecture ou dans nos stocks », a-t-elle souligné.

Son avocat Ivan Pavlov avait auparavant affirmé que ces livres ne portaient pas de tampon confirmant leur appartenance à la bibliothèque et pouvaient y avoir été déposés par quelqu’un « à dessein ».

L’ONG Amnesty International a pour sa part dénoncé le procès comme une « parodie de justice », en estimant que cette condamnation « souligne de graves défauts dans l’indépendance du système judiciaire russe ». « Natalia Charina n’aurait pas dû être poursuivie, et encore moins condamnée », a estimé l’ONG dans un communiqué.

Selon le Comité d’enquête russe, Natalia Charina diffusait depuis 2011 auprès des lecteurs des livres de Dmytro Kortchinsky, « reconnus par la justice comme ayant un contenu extrémiste et dont la diffusion est interdite » en Russie.

Dmytro Kortchinsky est une personnalité ukrainienne controversée, qui a participé à la fondation du groupe ultranationaliste UNA-UNSO avant de créer un autre groupe radical baptisé Bratstvo (Fraternité). Il a participé avec ses partisans aux manifestations du Maïdan pendant l’hiver 2014 à Kiev, qui ont précipité la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch.

Cette condamnation intervient sur fond de tensions persistantes entre Moscou et Kiev, à couteaux tirés depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et l’éclatement d’un conflit armé dans l’est de l’Ukraine entre rebelles prorusses et forces gouvernementales.


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Juin 2017