Chili – La présidente Michelle Bachelet est confrontée à une grogne étudiante

Les manifestations d’étudiants rendent décidément bien délicates les fins de mandat présidentiel au Chili. Sebastian Piñera, le prédécesseur de Michelle Bachelet, en avait fait l’amère l’expérience.

La présidente socialiste, Michelle Bachelet qui s’était fait élire en 2014 notamment sur la promesse de rendre les études plus accessibles dans un système largement acquis au secteur privé, mesure à son tour la difficulté à calmer cette grogne.

Tout au long du mandat de Michelle Bachelet, les étudiants n’ont eu de cesse de revendiquer la gratuité de l’éducation pour tous. Après avoir dénoncé le manque d’ambition de la réforme présentée par la présidente, ce mouvement étudiant est en train de reprendre de la vigueur et organise la première manifestation de l’année, à six mois de la fin de l’ère Bachelet. Le motif est clair : la gratuité de l’université, finalement accordée, ne sera totale qu’en 2020, un terme trop lointain pour le monde étudiant.

Retrait de candidature

Même si le scrutin est encore éloigné, – il doit se dérouler le 19 novembre – et alors que la Constitution interdit à tout président sortant de se représenter, les équipes commencent à se mettre en place. Avant que le camp de Michelle Bachelet ne désigne son favori lors de primaires prévues le 23 avril, l’ancien chef de l’Etat, Ricardo Lagos, vient d’annoncer le retrait de sa candidature. Agé de 79 ans, Ricardo Lagos, qui se considère comme un indépendant de gauche, a été président de 2000 à 2006.

Mais ses chances de redevenir chef de l’Etat semblaient, d’après les sondages, vouées à l’échec. Une récente enquête de l’institut Adimark ne lui donnait que 3 % des intentions de vote. Le même institut en donne 27 % au milliardaire Sebastian Piñera, qui a occupé le fauteuil au palais de La Moneda de 2010 à 2014. Et ce, malgré les enquêtes ouvertes notamment pour corruption. Son principal rival, Alejandro Guillier, désormais seul candidat du centre gauche, se trouve quatre points derrière lui.

Bilan honorable

Michelle Bachelet laisse pourtant un bilan honorable, à commencer par la baisse du chômage à 6,4 % malgré le ralentissement de la croissance économique. Comme l’Equateur avec le pétrole, le Chili reste très dépendant de ses exportations de cuivre qui représentent, bon an mal an, près de la moitié des exportations du pays. Elles vont bénéficier de la reprise des cours qui ont fortement progressé l’an dernier (+ 17 % sur un an et + 40 % après l’élection de Donald Trump), stimulés par les perspectives offertes par le plan de relance des infrastructures.

Fin mars, le syndicat des travailleurs d’Escondida, au Chili, plus grande mine de cuivre au monde qui assure à elle seule 5 % de la production de la planète, a également décidé de mettre fin à une grève de quarante-trois jours, le conflit social le plus long de son histoire. Pour l’OCDE, les conditions d’une reprise, même timide, sont là : le PIB devrait progresser de 2,52 % cette année après 1,66 % en 2016. Encore loin de la moyenne de 4,5 % entre 2001 et 2013.


Les Echos par Michel De Grandi

Avril 2017