La photographe Daniele Queiroz raconte en image, les histoires des rues de São Paulo

 » De nombreux chercheurs parlent du fait que pour nous les femmes, les rues ne sont souvent qu’un lieu de passage, tandis que pour les hommes, c’est un endroit où rester, pour profiter. » Daniele Queiroz

La native de São Paulo, Daniele Queiroz a commencé à s’adonner à la photographie en 2011, et ses œuvres ont été présentées dans plusieurs expositions et publications. Daniele travaille en tant que photographe et chercheur à l’Université de São Paulo. Elle réalise actuellement une étude qui met l’accent sur la représentation et l’imagerie de la photographie et du cinéma.

« J’ai ouvert mes yeux sur l’histoire de l’art, l’histoire de l’architecture, le design et l’acte de projeter quelque chose, de comprendre l’espace et les vides créés par elle. »

Dans une interview réalisée par Marina Trancoso du magazine photo impressa, Daniele Queiroz nous présente son art et ses œuvres.

Comment êtes-vous arrivé à la photographie?

Mon intérêt pour la photographie a débuté au cours de mes études en architecture et en urbanisme. Durant ces six dernières années, je me suis beaucoup investie dans la photographie. L’histoire de la photographie, ses processus selon les équipements, les techniques etc. Et maintenant, je viens de terminer une maîtrise sur la mobilité des images dans le contexte d’Aby Warburg et du montage d’Eisenstein, en travaillant avec des cadres de trois films différents: Alice in the Cities, Dogville et Solaris.

      

Dans mon travail artistique, j’aime souvent mélanger la fiction avec la réalité, de sorte que ces deux domaines me donnent une vision très large pour sentir et faire les choses.

Quelle est l’histoire de votre série « Do Balcão pra dentro »?

L’année dernière, Coletivo Ágata ( un collectif d’art à São Paulo) m’a invité à participer à une résidence artistique pour discuter du féminisme et de son contexte urbain et artistique. Nous avons parlé du rôle des artistes féminins dans l’histoire de l’art et de l’urbanisme. Je me suis penchée sur la question de la ville et des défis à relever pour une femme qui n’aspire qu’à exercer ses droits au même titre qu’un homme qui vit dans une métropole comme São Paulo.

Au Brésil, il n’est pas rare que nous les femmes, ressentions la peur en marchant dans les rues. Et, pas seulement la nuit, le jour aussi. Notamment dans les zones les plus dangereuses… les hommes ont peur d’être agressés. Les femmes sont terrifiées à l’idée de se faire violer…

De nombreux chercheurs parlent du fait que pour nous les femmes, les rues ne sont souvent qu’un lieu de passage, alors que pour les hommes, c’est un endroit où rester, pour profiter. Je voulais réaliser un reportage les rues de ma ville. Ces lieux où les hommes peuvent profiter tandis que les femmes passent ou y travaillent.

Dans certains quartiers, nous avons les «Botecos», anciens bars où les hommes se rencontrent pour manger et boire. Ma mère et ma grand-mère étaient propriétaires de Botecos, alors je suis retournée dans mon ancien quartier pour enquêter sur les femmes des Botecos d’aujourd’hui.

J’ai rencontré beaucoup d’entre-elles, elles sont toutes propriétaires de leurs entreprises et leur clientèle demeure essentiellement masculine.

À la fin du reportage, une exposition a eu lieu dans les «botecos», avec des images imprimées très simples.

Comment abordez-vous vos sujets pour la réalisation d’une série de photographie documentaire?

Je ne pense pas avoir une technique d’approche spécifique. Ce que j’ai… c’est beaucoup de curiosité pour les sujets que je traite, un véritable intérêt à découvrir la vie de mes sujets et à partager ma propre façon de voir le monde.

Je travaille comme chercheur pour l’Université de São Paulo, j’ai eu à réaliser un reportage photographique sur les groupes traditionnels de danse et leurs pratiques de la religion.

Je pense qu’il est toujours préférable de partager nos expériences, afin que nous puissions commencer une vraie conversation. Les images doivent refléter cela. Pour la série « Do Balcão pra dentro« , j’étais dans la cuisine avec ces dames, et j’avais mes cheveux protégés et tout. Je ne pense pas pouvoir faire une bonne image sans cette proximité.

Votre agenda du moment?  

Je viens de terminer les études pour ma maîtrise. Je me prépare maintenant pour une exposition en mai. Je fais également des plans avec les artistes locaux et un groupe d’amis pour la publication d’un nouveau photobook.

  

 


Entretien réalisé par Marina Trancoso du Magazine Photo Impressa

Avril 2017