Côte d’Ivoire – Les avocats de Simone Gbagbo dénoncent le ‘’caractère expéditif’’ de la procédure

Abidjan, Côte d’Ivoire – Les avocats commis d’office pour la défense de l’ex-Première dame ivoirienne Simone Gbagbo ont demandé, vendredi, à la Cour d’assise de ‘’retrouver les 10 000 pièces manquantes’’ au dossier, dénonçant le ‘’caractère expéditif’’ de la procédure.

« La Cour d’assise a le devoir de retrouver les 10 000 pièces manquantes », a souligné devant la presse Georges Vierra, l’un des trois avocats commis d’office pour la défense de Mme Gbagbo poursuivie à Abidjan pour crimes contre l’humanité à Abidjan.

L’ancien bâtonnier de l’ordre des avocats, Me Claude Mentenon s’est pour sa part prononcé sur certains arguments soulevés par le ministère de la justice via le Procureur général, Aly Yéo dénonçant « le caractère expéditif de la procédure ».

Au sujet de la présence d’avocats qui résulterait d’une faveur selon le Procureur général Aly Yéo, Claude Mentenon réplique qu’il « s’agit d’une indécence ».

« Tout citoyen doit être animé d’un sentiment d’insécurité psychologique (…) Les droits de la défense ne sont pas la faveur d’un magistrat mais émane de la loi, de la constitution ivoirienne », a commenté l’avocat.

Sur l’argument selon lequel « on peut se passer des avocats commis d’office car l’accusée ne comparait pas », il relève que cette thèse est « une hérésie ».

Quant à leur présence à la reprise du procès lundi, prochain M. Mentenon souligne « qu’apparemment le vin est tiré ».« Nous n’avons pas reçu les pièces, nous n’avons pas obtenu que le débat revienne. On n’a plus rien à faire là-bas », a soutenu l’avocat.

« Les conditions ne sont pas réunies. Nous laissons faire ce que la Cour veut faire », a conclu Me Amani Kouamé.
La première équipe d’avocats de Simone Gbagbo avait claqué la porte du Tribunal en novembre dernier pour ‘’protester contre le refus de la Cour de procéder à certaines auditions’’ dont celles du Président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro, de l’ancien Premier ministre Jeannot Ahoussou Kouadio, ou encore de l’ex-chef de l’armée Philippe Mangou et de l’ancien patron de la Police nationale, Brindou M’bia.

‘’le pouvoir ivoirien n’a jamais jugé utile de faire entendre les acteurs principaux des faits’’ (Défense)

20 février dernier, l’équipe de défense de Simone Gbagbo dont le procès en assises reprend, mardi 21 février, relèvait dans un communiqué, transmis, à APA que le pouvoir ivoirien n’a jamais jugé ‘’utile de faire entendre les acteurs principaux’’ des faits.

Selon le communiqué signé par  Me Rodrigue Dadjé, ‘’ces acteurs des faits, principalement des policiers, des militaires et des gendarmes, qui sont censés avoir reçu des ordres de Mme Simone Gbagbo pour commettre des crimes, n’ont jamais été entendus par la Justice ivoirienne, depuis l’enquête préliminaire, ensuite par le Juge d’Instruction et enfin devant la Cour d’Assises’’.

‘’Paradoxe des choses, le pouvoir Ivoirien soucieux de la résolution de la crise ivoirienne, qui n’a jamais jugé utile de faire entendre les acteurs principaux des faits, a permis leur comparution à la Cour pénale internationale’’, déplore l’équipe de défense de l’accusée qui ‘’s’est retirée’’ du procès .

Un retrait ‘’essentiellement’’, motivé, poursuit le communiqué, par ‘’le refus de la justice ivoirienne de faire comparaître les acteurs des faits que sont MM. Bredou M’bia, Kassaraté Tiapé, Philippe Mangou, Soro Guillaume, Ahoussou Jeannot…’’.

Pour la défense de Simone Gbagbo, ‘’une telle attitude sonne comme l’échec général de notre système judiciaire pénal et le manque de volonté du pouvoir ivoirien à réconcilier les Ivoiriens par la Justice vraie et transparente’’.

Simone Gbagbo, 67 ans, déjà condamnée en 2015, à 20 ans de prison pour des faits ‘’d’atteinte à la sûreté de l’Etat’’ est poursuivie depuis le 31 mai 2016 devant la Cour d’assises d’Abidjan pour ‘’crimes de guerre et crimes contre l’humanité’’ lors de la crise postélectorale de décembre 2010 à avril 2011.


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Mars 2017