Chili – Kris Tompkins lègue 400.000 hectares de terres de Patagonie à l’Etat

Quand Douglas et Kris Tompkins ont engagé leurs achats de terres pour constituer l’un des plus grands sanctuaires naturels, peu d’observateurs imaginaient qu’un jour 400 000 hectares puissent être cédés au Chili pour devenir des parcs naturels.

Jamais autant de terres privées n’ont été cédées à un Etat. Le gouvernement chilien a reçu, jeudi 16 mars, 407 625 hectares de la veuve de Douglas Tompkins. Trois nouveaux parcs nationaux verront le jour sur ces terres de la vaste Patagonie chilienne.

Douglas Tompkins, cofondateur de la marque de vêtements The North Face et ardent défenseur de l’environnement, est mort, à la fin 2015, à l’âge de 72 ans, dans un accident de kayak au Chili. Egalement cofondateur de la marque Esprit, il avait choisi cette région avec sa femme, il y a 25 ans, pour y vivre et assouvir leur passion pour la nature.

Aujourd’hui face à l’immensité de l’action des Tompkins, la vraie nouvelle question est de savoir si cette cession au public est la meilleure façon pour protéger les espaces en question. Quand on constate les revirements brutaux de politiques publiques comme actuellement aux Etats-Unis où Donald Trump propose d’amputer le budget environnement d’un tiers de ses moyens financiers et de personnels humains, ne faut-il pas surtout craindre des revirements publics face à la continuité de privés passionnés ?

La fondation Tompkins parle de la plus grande donation de terres privées à un Etat. Cela révèle l’ampleur du néo-libéralisme sous la dictature de Pinochet dans les années 80. L’eau est privatisée, le pays est bradé : les terres se vendent à des prix dérisoires à des investisseurs étrangers. C’est à cette époque que les Tompkins se rendent au Chili où ils souhaitent acquérir des terres. Ca sera chose faite en 1991. Chaque hectare acheté leur coûte alors la modique somme de 500 euros, d’après la fondation Tompkins.

Les Tompkins ont toujours dit que ces achats de terres étaient destinés à préserver la biodiversité, face à des entreprises peu scrupuleuses, Néanmoins, on ne les croyait pas : ils étaient mal vus par les autorités chiliennes, et les habitants.

Mais l’histoire semble montrer que ce couple de milliardaires écolos est bel et bien des investisseurs responsables et engagés dans la préservation de l’environnement. Les Tompkins n’ont développé aucune industrie polluante sur les terres qu’ils ont transformées en parc et comme promis, restituées à l’État. Ils ont aussi réintroduit des espèces menacées d’extinction au Chili, mais aussi en Argentine.

Les Tompkins n’oublient pas le sens des affaires

Outre ces terres données au Chili, la fondation Tompkins vend aussi, via sa filiale Pampa Partners, des fermes dans le cône Sud de l’Amérique latine : au Chili, en Uruguay, et aussi en Argentine où l’an dernier Kristine Tompkins a aussi donné 150 000 hectares de terres à l’État.

La fondation Tompkins a revanche choisi de conserver, pour l’instant, un hôtel dans le futur parc national Patagonia. L’établissement est inaccessible pour la plupart des Chiliens : comptez 500 euros la nuit pour deux personnes, 500 euros c’est un peu plus que le salaire minimum au Chili.


Revue de presse

Mars 2017