Global Teacher Prize – La canadienne Maggie MacDonnell sacrée meilleure prof au monde

Le prix est remis à Dubaï, mais c’est de la Station spatiale internationale, par un astronaute, que son nom a été annoncé: Maggie MacDonnell, 36 ans, enseignante à l’école Ikusik, à Salluit, au Nunavik, tout au nord du Québec, vient d’être sacrée meilleure prof au monde. Elle a remporté le Global Teacher Prize 2017  à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 19 mars dernier.

Maggie MacDonnell avait tenu à être accompagnée de trois de ses anciens étudiants inuits, qui ont tous décidé, grâce à elle, de poursuivre des études collégiales dans le «Sud» (au collège Montmorency, à Laval, qui a un programme spécial pour les étudiants du Nunavik). Le taux de décrochage scolaire au Nunavik s’élève à 80 % (quatre fois plus que dans le reste du Québec).

«Elle nous pousse à aller jusqu’au bout de nos possibilités», dit Larry, un sportif accompli.

«Je voulais arrêter l’école pour m’occuper de mon frère et de ma soeur cadets, dit Samantha, mais elle ne m’a pas lâchée tant que je ne me suis pas inscrite au cégep!»

«Elle va devenir la première assistante dentaire de sa communauté!» s’enorgueillit Maggie MacDonnell en la regardant avec fierté.

Assorti d’une somme d’un million de dollars, ce prix a été créé en 2013 par la Fondation Varkey, organisme philanthropique voué à l’éducation. Basée à Londres, La fondation a été créée par le milliardaire indien Sunny Varkey, établi à Dubaï, qui a fait fortune avec une chaîne d’écoles privées, les GEMS Schools. D’abord ouvertes dans les pays du Golfe, les GEMS Schools sont désormais présentes ailleurs dans le monde.

Le prix est remis durant le Global Education & Skills Forum (GESF), une conférence internationale réunissant quelque 1.300 délégués du monde entier.

Maggie MacDonnell s’est retrouvée parmi les 10 finalistes de ce prix, qui ont été choisis parmi 20.000 candidatures de 179 pays. Originaire d’une région rurale de la Nouvelle-Écosse, Maggie est arrivée au Nunavik en 2011, après avoir travaillé cinq ans en Afrique, notamment dans des camps de réfugiés au Burundi et au Congo avec l’organisme Right to Play, qui utilise le jeu et le sport pour l’éducation des jeunes.

 «Même si les conditions sont très différentes, j’avais la chance d’avoir une expérience transculturelle avant d’arriver au Nunavik, dit-elle. Et d’avoir travaillé dans des lieux comportant de nombreux défis.»  Ajouté à son énergie, à son empathie et à sa bonne humeur, cela explique, selon elle, qu’elle soit restée aussi longtemps dans le Nord, alors que la majorité des professeurs venus du Sud ne restent même pas durant toute l’année scolaire.

Diplômée en kinésiologie et en éducation physique, Maggie MacDonnell est responsable du programme des saines habitudes de vie de son école, et des activités sportives scolaires et parascolaires. Avec son mari, originaire de la Tanzanie, elle a aussi aussi été parent d’accueil temporaire, hébergeant des jeunes devant être séparés de leur famille.

Durant le GESF à Dubaï, chacun des 10 enseignants finalistes a présenté une «classe de maître», ce qui a permis aux délégués, dont beaucoup d’enseignants, de puiser de nouvelles idées pour leur école. Celle animée par la dynamique Maggie a fait fureur. Elle a raconté les difficiles conditions de vie des habitants du Nunavik, notamment celles des jeunes de moins de 18 ans qui représentent le tiers de la population des 14 villages. Suicides, surpopulation des maisons, grossesses précoces, drogue…Elle a présenté comment elle a imaginé des solutions efficaces à des problèmes qui semblent insolubles. «L’idée est de permettre aux jeunes d’être fiers d’eux-mêmes en se présentant sous un nouveau jour.»

Par exemple? «Pour empêcher l’intimidation et le vandalisme, je les ai impliqués dans un atelier de réparation de vélos, et pour répondre à ceux qui répètent qu’ils s’ennuient et qu’il n’y a rien à faire au Nunavik, j’ai mis en place une série d’activités (cuisine communautaire, tournois de ping-pong…) et ouvert le premier centre de mise en forme de la communauté.» Sans oublier le club de course, grâce auquel elle a pu emmener des élèves courir un demi-marathon à Hawaï, en 2014.

C’est pour s’occuper d’un autre problème crucial au Nunavik — la perte de la culture et du territoire — que Maggie MacDonnell compte investir le million de dollars qu’elle vient de gagner. En mettant en place un programme visant à faire renaître la pratique ancestrale du kayak chez les jeunes Inuits. «Ce qui réunira la protection de l’environnement, l’activité physique et la réappropriation culturelle.»


Copyright – lactulité.com par Isabelle Grégoire à Dubaï

Mars 2017