Ethiopie – Des réfugiées somaliennes retrouvent leur autonomie dans une coopérative laitière

Il est huit heures du matin. Toujours aussi ponctuelle, Djamila Ali Hassan ouvre la porte grinçante de la Dairy Retail Cooperative dans le camp de réfugiés de Melkadida. Elle est prête à accueillir les éleveurs qui s’y précipitent.

« Nous voulons être autonomes et nous voulons pouvoir subvenir aux besoins de nos enfants, dit fièrement Djamila. Aujourd’hui, nous avons une vraie entreprise. Nous vendons du lait d’excellente qualité. »

Soutenue par le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et par ses partenaires, la jeune entreprise, qui est installée dans un abri en tôle dans le camp, à 70 kilomètres de la frontière somalienne, dans le sud de l’Éthiopie, achète du lait de chèvre, de vache et de chameau à des éleveurs locaux.

Le projet permet d’offrir un service aux résidents du camp et de la collectivité, ainsi qu’un moyen d’existence à 20 femmes somaliennes, qui sont chargées de contrôler, de pasteuriser et de stocker le lait dans des réfrigérateurs fonctionnant à l’énergie solaire pour le revendre.

« Aujourd’hui, la coopérative et les partenaires sont avec nous, nous avons une vraie entreprise », dit Djamila.

Ce n’est pas la première fois que Djamila vend du lait. En Somalie, avant que le conflit force le couple à fuir en Éthiopie avec ses huit enfants, en 2010, son mari et elle travaillaient comme agriculteurs et éleveurs.

« En Somalie, ce sont les femmes qui s’occupent du bétail. J’ai toujours vendu du lait, le transportant de notre ferme jusqu’à la frontière. Je suis heureuse d’avoir trouvé un gagne‑pain qui m’est familier ici », dit‑elle.

Il suffit que quelques éleveurs se présentent à la porte de la coopérative pour que Djamila et les 19 autres femmes aient assez de lait à vendre. Les bons jours, elles peuvent gagner jusqu’à 540 birr éthiopiens (soit 26 dollars), somme qu’elles réinvestissent en partie dans leur activité.

« Nous mettons une partie de l’argent de côté, nous en utilisons une autre partie pour acheter des biens et nous mettons le reste dans une cagnotte, conformément à notre tradition, et nous donnons cette cagnotte à l’une d’entre nous, à tour de rôle », dit Nuria Hassen, qui fait aussi partie de la coopérative. « C’est ainsi que nous nous aidons mutuellement », ajoute‑t‑elle.

Le groupe pasteurise le lait en le chauffant lentement, ce qui tue les microbes nocifs en principe, mais conserve les qualités nutritionnelles du lait. « Nous sommes reconnues pour la qualité de notre lait et nous voulons continuer de l’être pour que notre activité prospère », dit Nuria, qui tient à la main un thermomètre, l’un des éléments de la trousse de transformation du lait.

Les femmes se sont vite approprié l’initiative et, ensemble, elles forment un groupe puissant. « Dans notre culture, les femmes sont solidaires, dit Djamila. Toutes les femmes dans le monde devraient se serrer les coudes et s’épanouir ensemble. Une femme sans travail ne peut même pas boire du thé. »

Le gouvernement éthiopien est un pays hôte généreux pour les réfugiés somaliens depuis qu’ils ont commencé à arriver au début des années 1990, après la chute du régime de Siad Barré en Somalie. Le HCR et ses partenaires, y compris la Fondation IKEA, soutiennent l’entreprise depuis 2015. Ils forment les membres de la coopérative et fournissent le matériel, ce qui est perçu comme favorisant l’ensemble de la collectivité.

« Grâce à cette activité, non seulement les femmes réfugiées deviennent autonomes et gagnent de l’argent, mais elles contribuent au bien‑être des réfugiés et des Éthiopiens en mettant sur le marché un produit sûr et de qualité », explique Aurthur Mutambikwa, un agent du HCR responsable des moyens d’existence à Melkadida.

À cinq heures, les femmes ont généralement fini de vendre leur stock et elles rentrent retrouver leurs familles. Les jours où il reste du lait, elles le stockent dans le réfrigérateur fonctionnant à l’énergie solaire. Elles le vendront le lendemain.

Le thème de cette année pour la Journée internationale de la femme, qui est aujourd’hui, est de bâtir un monde du travail plus juste et plus équitable, dans lequel les femmes et les jeunes filles peuvent concrétiser leurs ambitions. La coopérative donne aux femmes somaliennes qui y travaillent la chance de réaliser leurs plus grands rêves.

« Je veux que nous soyons toutes autonomes et que notre entreprise prospère afin que nous puissions subvenir aux besoins de nos enfants, dit Djamila. J’ai dû tout quitter lorsque le conflit a atteint mon village natal en 2010 en Somalie. Ici, j’ai trouvé la paix et j’ai pu prendre un nouveau départ. C’est ici que je veux vivre. Avec toutes les options que nous avons, nous sommes sur la bonne voie. »


Copyright – HCR Par: Diana Diaz à Melkadida

Mars 2017