Allemagne – Dieselgate : La chancelière a témoigné devant la commission d’enquête du Bundestag

La Chancelière, qui affirme avoir appris l’affaire par la presse, a témoigné devant la commission d’enquête du Bundestag.

Avant elle, tous ses ministres concernés par le dossier (Economie, Transports et Environnement) et le chef de la chancellerie avaient déjà été entendus par les députés. Mercredi, c’était au tour d’Angela Merkel de témoigner devant la commission d’enquête du Bundestag, qui s’intéresse depuis juillet 2016 au scandale des moteurs diesel truqués de Volkswagen.

Son audition, très attendue, a duré plus de deux heures. Devant ses pairs, la Chancelière a assuré mercredi n’avoir été informée du scandale que le 19 septembre 2015, «par la presse» puis en avoir parlé avec son ministre des Transports Alexander Dobrindt (CSU) et l’avoir incité à faire «tout son possible» pour faire toute la lumière sur cette affaire.

«Un secret de polichinelle»

Angela Merkel a souligné qu’en tant qu’ancienne ministre de l’Environnement d’Helmut Kohl entre 1994 et 1998, elle connaissait bien le dossier des émissions automobiles. Soulignant à plusieurs reprises ses compétences techniques en tant que physicienne, elle a rappelé que pour le gouvernement, «le diesel a été pendant des années considéré comme un bon moyen de réduire les émissions de CO2» avant d’ajouter qu’à la lumière d’aujourd’hui, le problème, ce sont «plutôt les émissions de dioxyde d’azote».

L’opposition doute de sa bonne foi. Selon le président de la commission d’enquête Herbert Behrens (die Linke) «une Chancelière doit savoir ce que fait son gouvernement mais aussi ce qu’il ne fait pas… Le gouvernement fédéral semble protéger les intérêts de l’industrie automobile». La commission d’enquête cherche à savoir qui savait quoi et quand au sein du gouvernement. L’enquête porte sur les dix dernières années.

«Depuis des années, nous sommes persuadés qu’il y a triche, assure Jürgen Resch, le chef de l’association de défense de l’environnement DUH. C’était un secret de polichinelle. Nous sommes convaincus qu’il y a une étroite collaboration entre l’industrie automobile, la politique et les administrations.» Le gouvernement fédéral, de l’avis des organisations de défense de l’environnement et de l’opposition, aurait pendant des mois voire des années couvert les agissements de Volkswagen pour protéger l’industrie automobile made in Germany et ses 800 000 emplois. Au final, 2,8 millions de propriétaires de véhicules à diesel du groupe VW ont été trompés en Allemagne.

Relations personnelles

Angela Merkel devait s’expliquer sur plusieurs points précis. Les députés l’ont interrogée sur ses relations personnelles avec la fédération allemande de l’industrie automobile VDA dont elle tutoie le patron, Matthias Wissmann. Eludant la question, Angela Merkel se contente de dire: «Vive la liberté de la presse…» La Chancelière fréquente régulièrement les patrons des grands constructeurs allemands. Rien qu’au cours de la dernière législature, la presse a noté plus de dix rencontres entre Angela Merkel et Dieter Zetsche, le patron de Daimler.

La Chancelière a également dû s’expliquer sur les liens entretenus avec l’administration de l’environnement américaine EPA et avec Arnold Schwarzenegger, qu’elle a rencontré en 2010, alors que l’acteur était gouverneur de Californie. Selon la cheffe de l’administration californienne de l’environnement Carb, Mary Nichols, présente à l’entretien, Angela Merkel se serait plainte au cours de la rencontre des normes environnementales américaines trop strictes.

Mercredi, l’intéressée assurait se «souvenir d’avoir pris un petit-déjeuner avec Schwarzenegger» mais ne pas se rappeler les détails de la conversation. «Si Madame Nichols dit que j’ai évoqué les normes américaines, ça doit être vrai», admet-elle avant d’ajouter qu’il ne peut en aucun cas s’être agi d’une tentative d’influencer l’administration américaine.

Angela Merkel était la dernière de quelque 70 témoins à être entendue par la commission d’enquête.


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Mars 2017