Nigeria – Chimamanda Ngozi Adichie, nouvelle icône du féminisme publie « une lettre capitale »

À SUIVRE À LA LETTRE La romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, nouvelle icône du féminisme, publie une lettre capitale.

Chimamanda Ngozi Adichie est entrée en féminisme en 2012, lors d’une conférence donnée à Londres, dont le texte a en flammé la planète Web et inspiré, avant de devenir un petit livre rouge, puissant, précieux, indispensable, « Nous sommes tous des féministes ».

Mais le déclic, l’auteure d’« Americanah » l’avait eu à 9 ans, lorsque sa maîtresse avait annoncé que l’élève qui aurait la meilleure note deviendrait chef de classe. Chimamanda l’obtient mais, « à ma grande surprise, écrit-elle, la maîtresse a déclaré que le chef de classe devait être un garçon. Persuadée que cela coulait de source, elle avait oublié de le préciser ».

Certaine que les inégalités entre les hommes et les femmes proviennent de l’apprentissage du sexisme dès l’enfance, Chimamanda Ngozi Adichie apporte une nouvelle pierre à son engagement avec « Chère Ijeawele, ».

À une amie qui lui demande comment donner une éducation féministe à sa fillette, la romancière répond par une lettre tendre et concrète, rassemblant quinze suggestions. Réconciliation entre maternité et travail, éveil à la différence, apprentissage des mots pour dire le sexe et l’amour : on retrouve le pragmatisme de l’auteure, issu de son expérience et de son exceptionnelle intelligence de la vie. Et aussi sa singularité, qui est sans doute l’une des raisons de son succès : « Le féminisme et la féminité ne sont pas incompatibles. Prétendre le contraire, c’est misogyne.

Malheureusement, les femmes ont appris à avoir honte et à s’excuser de s’intéresser à des choses considérées comme traditionnellement féminines, comme la mode ou le maquillage. » Et d’enfoncer le clou : « Fais des choix vestimentaires de ta fille une question de goût et de charme, plutôt qu’une question de morale. » Passionnants sont les propos sur le mariage présenté aux fillettes – mais pas aux garçons comme un accomplissement, entraînant plus tard de graves déséquilibres dans le couple, « parce que l’institution compte plus aux yeux de l’une que de l’autre ».

Une grande bienveillance émane de cet ouvrage qui n’exclut pas l’humour, quand Chimamanda Ngozi Adichie conseille à son amie pour que son enfant aime lire : « Si rien ne marche, paie-la pour lire. » C’est une philosophie douce et inflexible – « être féministe, c’est comme être enceinte. Tu l’es ou tu ne l’es pas » – qui rayonne de ses mots si justes.

Olivia de Lamberterie « Chère Ijeawele, », de Chimamanda Ngozi Adichie, traduit de l’anglais par Marguerite Capelle (Gallimard, 76 p.).


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Mars 2017