42e édition des Césars : Isabelle Huppert couronnée meilleure actrice avec le film « Elle »

« Elle », thriller du Néerlandais Paul Verhoeven, a continué d’engranger les récompenses des deux côtés de l’Atlantique en remportant vendredi à Paris deux César, les récompenses du cinéma français: meilleur film et meilleure actrice pour Isabelle Huppert.

Lors de cette 42e cérémonie des César, le Britannique Ken Loach s’est vu décerner celui du meilleur film étranger pour « Moi, Daniel Blake », un film militant, Palme d’or au dernier festival de Cannes, qui raconte la descente aux enfers d’un chômeur confonté à la bureaucratie.

A 27 ans, le Québécois Xavier Dolan, six films à son actif, a pour sa part remporté le César du meilleur réalisateur pour « Juste la fin du monde ». Ce huis clos familial a rafflé deux autres prix, ceux du montage et du meilleur acteur, décerné à Gaspard Ulliel qui incarne un fils retrouvant sa famille pour lui annoncer sa mort prochaine.

Avec 11 nominations, le film « Elle » et son actrice Isabelle Huppert faisaient figure de favoris. Cette histoire d’une femme violée qui traque son agresseur, adaptée du roman « Oh… » de l’écrivain français Philippe Djian, a déjà obtenu le Golden Globe du meilleur film étranger.


« Isabelle Huppert, tu as ajouté un niveau supérieur à ce film, et c’est quelque chose que je n’avais pas à l’esprit quand j’ai commencé. C’est quelque chose qui s’est passé avec toi », a déclaré Paul Verhoeven en recevant son prix.

Déjà récompensée par un Golden Globe pour ce rôle, l’actrice vêtue vendredi soir d’une robe verte, est en lice pour les Oscars décernés dimanche à Los Angeles (ouest des Etats-Unis).

Défendre la liberté

Moment politique, George Clooney, 55 ans, venu avec son épouse Amal, enceinte, pour recevoir un César d’honneur, a fait de nombreuses allusions à la présidence de Donald Trump, soulignant que « le monde traverse des changements importants, pas tous dans le bon sens ».

« Nous nous décrivons comme les défenseurs de la liberté… mais nous ne pouvons pas défendre la liberté à l’étranger si nous l’oublions chez nous », a-t-il lancé.

Cinéaste engagé, Ken Loach en a profité pour exalter « l’esprit de résistance » et appeler les Français qui éliront leur président dans moins de deux mois à voter à gauche, dans un message lu sur scène en son absence.

« L’extrême droite réussit lorsque les gens se sentent désespérés », a-t-il dit. « A présent c’est à vous, Français, de faire un choix. Nous, qui sommes vos amis depuis tant d’années, espérons que dans l’élection à venir vous pourrez rejeter l’amertume de la droite et voter en faveur de l’espoir suscité par la gauche ».

Les César, qui ont souvent mis à l’honneur ces dernières années des films engagés, ont aussi sacré un documentaire, « Merci Patron! » du journaliste François Ruffin, qui égratigne avec dérision le géant du luxe LVMH et son PDG Bernard Arnault. Son réalisateur en a profité pour alerter sur les délocalisations, évoquant le sort d’une usine de sèche-linge Whirlpool à Amiens (nord) promise à la fermeture.

La cérémonie a également rendu un hommage chaleureux à l’acteur français Jean-Paul Belmondo, présent pour la première fois à la grand-messe du cinéma français en dépit d’une carrière éclatante. « Ma vie de courgette » du Suisse Claude Barras, conte délicat sur la tolérance qui a rencontré le succès auprès du public, a obtenu deux César, dont celui du meilleur film d’animation.
« Frantz » de François Ozon, nommé 11 fois comme « Elle », n’a remporté qu’une seule récompense, celle de la meilleure photo.

Les César n’avaient cette année aucun président. Le choix initial du réalisateur franco-polonais Roman Polanski avait déclenché en France une polémique, en raison des poursuites dont il fait l’objet aux États-Unis depuis 40 ans pour le viol présumé d’une adolescente. Il avait renoncé en janvier, sous la pression d’associations notamment féministes.


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Février 2017