Israël – L’armée veut attirer plus de femme au sein de ses unités techniques

Rotem Falach et Lior Dariel, toutes deux âgées de 24 ans, sont de la base de l’armée de Ramat Gan. Les deux lieutenantes de l’armée ont encore trois ou quatre mois de service, après avoir travaillé pendant six ans dans une unité d’élite de communication, où elles sont maintenant responsables de la formation de nouvelles recrues.

A la fin de leurs services elles envisagent de trouver un travail dans une entreprise de haute technologie. Elles parlent de leurs projets sans hésitation. Des entreprises essaient déjà de les recruter tout le temps, expliquent-elles. Elles ont un diplôme en sciences informatiques qu’elles ont obtenu dans le cadre de leur service militaire.

Falach et Dariel sont deux des quatre femmes commandantes, sur un total de cinq commandants, à former les nouvelles recrues de l’unité C4I de Tsahal. C’est la première année que les responsables du cours sont majoritairement des femmes, ce que Falach et Dariel voient comme une réussite, car les femmes ont tendance à ne pas être très présentes dans les unités techniques de l’armée.

« Il y a une augmentation du nombre de personnel féminin dans les unités techniques de l’armée, mais ça reste minoritaire », explique Falach, qui, dans le cadre de son service rencontre aussi, avec Dariel, des lycéens pour les convaincre de candidater au sein de l’unité. « Si la moitié de la population israélienne est constituée de femmes, cela devrait se refléter dans nos unités techniques. Mais ce n’est pas le cas. »

Aujourd’hui, 30 % des élèves du cours C4I de Falach et Dariel sont des femmes, et si elles n’étaient que 25 % il y a dix ans, cela reste bien en deçà des niveaux que l’armée voudrait voir.

« Les étudiants sont découragés par la longue période de service et les longues heures passées devant l’ordinateur », a déclaré Dariel, avant d’ajouter que les soldats travaillent 14 heures par jour dans un cours intensif, et qu’ils passent tout leur temps devant des ordinateurs pendant leur service.

« Aujourd’hui, pourtant, beaucoup plus veulent entrer dans le domaine de la haute technologie, alors il se pourrait bien que nous puissions recruter plus de femmes à l’avenir. Une fois que les femmes auront rejoint notre cours, le travail ne sera pas plus difficile pour elles que pour les hommes. »

Les données fournies par l’armée montrent que 23 % des soldates occupent des positions de soutien technique lors du service obligatoire ; 18 % des soldats du programme d’ingénierie académique sont des femmes ; 12 % pour les postes informatiques et 27 % des programmeurs de l’armée sont des femmes.

Pour le C4I, il n’y a pas de pré-requis pour être intégrés, a déclaré un officier du C4I en charge du recrutement des soldats dans l’unité. L’officier doit conserver son anonymat selon les règles en vigueur dans l’armée. Des études en mathématiques et en informatique sont un plus, mais « nous sommes intéressés par les capacités cognitives des candidats, la manière dont ils analysent les choses, leur capacité à trouver des solutions, logiquement », a déclaré l’officier, qui est elle aussi une femme.

L’armée leur apprend tout depuis zéro. La capacité à penser différemment, à travailler en équipe et la créativité sont les principaux éléments recherchés par les recruteurs, a-t-elle souligné.

Les candidats qui sont acceptés suivent un cours préparatoire de six mois, celui qui est actuellement géré par Falach et Dariel, puis effectuent 5,3 ans de service.

Recruter des femmes : une mission nationale

Augmenter le nombre de femmes qui travaillent dans la technologie ne correspond pas seulement à une mission militaire. C’est une mission qui doit concerner tout Israël, puisque le secteur des technologies sera confronté à une pénurie d’environ 10 000 ingénieurs et programmeurs dans la décennie à venir.

Attirer plus de femmes dans ce domaine constitue une priorité absolue pour l’Autorité de l’innovation d’Israël, qui est responsable de la politique d’innovation du pays.

« Nous les [les femmes] perdons tout au long du parcours : au lycée, à l’université, sur le lieu de travail et dans les emplois de haut niveau… c’est inacceptable », a déclaré Avi Hasson, le chef scientifique d’Israël au Ministère de l’Economie et de l’Industrie dans un entretien avec le Times of Israël en décembre.

L’industrie de la haute technologie, qui constitue un moteur clef de l’économie de la nation, fait face à une pénurie de travailleurs qualifiés qui entraîne une perte de puissance. Le ministère des Finances a prévenu en février dernier que le secteur de la haute technologie d’Israël avait cessé d’être le moteur de la croissance du pays, dans la mesure où de moins en moins d’étudiants obtiennent un diplôme scientifique.

Dans un rapport publié en juin, Hasson a expliqué que le gouvernement devrait prendre des mesures immédiates et met cette pénurie sur le compte des étudiants qui s’écartent des sciences informatiques, des mathématiques et des statistiques. Israël doit puiser dans différentes parties de la population, comme les ultra-orthodoxes, les Arabes et les femmes, pour combler cette pénurie, a déclaré Hasson.

Les femmes représentent 26 % des 140 000 personnes environ qui travaillent dans la recherche et le développement en Israël, soit environ 36 000 femmes, selon les données de l’Autorité de l’innovation. Et si la moitié des lycéens qui obtiennent leur baccalauréat aux plus hauts niveaux de mathématiques sont des jeunes filles, seulement un tiers d’entre elles poursuivent des études scientifiques et technologiques, dans les domaines des sciences informatiques, de l’ingénierie électrique et électronique ou dans des domaines similaires, contre 66 % des hommes.

« C’est là que la perte est immense », a déclaré Noa Ecker, chef de la politique de l’Autorité de l’innovation.

Les principaux obstacles, selon une étude du Conseil national économique d’Israël, sont les stéréotypes liés au genre, un environnement peu accueillant dans les classes scientifiques, une mauvaise image de soi concernant ses capacités, un manque de connaissance des opportunités, un déficit d’exemples à suivre et le besoin d’équilibrer travail et vie privée.

« Nous sommes conscients de la question et nous pensons aux moyens d’encourager les femmes à entrer dans l’industrie de la haute technologie », a déclaré Ecker.

En Israël, les femmes commencent à s’éloigner des études scientifiques dès l’école élémentaire, expliquait le rapport sur l’Etat de la Nation 2016 du Centre Taub. La part d’étudiantes dans les domaines technologiques a lentement augmenté au cours des années, mais reste faible, à environ 20 ou 30 %.

« Quand nous rencontrons des étudiantes, nous leur disons qu’elles ne devraient pas avoir peur », a déclaré Falach, de l’armée. Il n’y a aucune raison pour ce déséquilibre dans l’armée entre les hommes et les femmes dans les emplois technologiques. Les femmes peuvent et font aussi bien que les soldats hommes que nous formons. Nous essayons de l’expliquer aux étudiantes que nous rencontrons pour les encourager à casser les stéréotypes culturels. Elles sont tout aussi talentueuses que les hommes. Tout est dans la tête. »


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Février 2017