La 61e Commission de la condition des femmes de l’ONU doit-elle se réunir à New York ?

Des représentantes des sept pays visés par le “muslim ban” ne pourront pas participer à la 61ème conférence annuelle de l’ONU sur les droits des femmes. Faut-il dès lors la boycotter ? La déplacer à Genève ? Ou en profiter pour défier Donald Trump ?

Cet événement est clé pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’ensemble des pays du monde. Il rassemble depuis 1946 les ministres, les représentant.e.s des Organisations internationales et des militant.e.s de la société civile engagé.e.s pour les droits des femmes. Leurs discussions aboutissent chaque année à la publication d’un texte commun qui dresse le bilan des avancées réalisées et fixe un cadre politique et juridique que les acteurs et actrices de l’égalité peuvent mobiliser dans leur pays.

C’est dans le cadre de la CSW qu’a notamment été élaborée la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, dite convention CEDAW, adoptée le 18 décembre 1979 par l’Assemblée générale des Nations-Unies. Cette convention majeure a conduit à ce que les États signataires prennent des mesures dans leurs pays pour aller vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. En 2013, la France a par exemple reconnu l’égalité des parents dans le choix du nom de l’enfant comme le prévoit ce texte.

La politique de Donald Trump pèse sur la prochaine Commission de la condition des femmes (CSW) de l’ONU. La 61ème édition de cette conférence annuelle sur les droits des femmes, qui réunit ONG et représentant.e.s des États membres, doit se tenir au siège des Nations-Unies à New York dans un mois, du 13 au 24 mars. Problème, le “muslim ban” décrété par le président des États-Unis interdit l’entrée sur le territoire des ressortissant.e.s de 7 pays à majorité musulmane. Même si son application est contestée par plusieurs décisions de justice, ce “muslim ban” risque d’empêcher les femmes de ces pays de participer à ce rendez-vous majeur. Certaines se sont déjà vu refuser des visas.

Comment répondre à ce décret ? La question agite plusieurs organisations impliquées dans la CSW. Vendredi 10 février, dans une tribune publiée sur le Huffington Post, des responsables français.e.s du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) en appellent au Secrétaire général des Nations-Unies, António Guterres, pour que la 61e CSW se tienne non pas à New York mais à Genève, autre siège des Nations-Unies.

« Les mesures discriminatoires qui entravent l’accès au territoire américain pour les ressortissant.e.s de 7 pays pénaliseront les femmes irakiennes, iraniennes, libyennes, somaliennes, soudanaises, syriennes et yéménites, y compris pour participer aux réunions des Nations-Unies. La participation de femmes de tous les pays est une condition sine qua non de la pleine réussite de ce rendez-vous annuel. Nous ne voulons pas nous réunir sans elles », écrivent Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’Égalité, Maxime Forest, président de la Commission Droits des femmes et Enjeux internationaux du HCE, Claire Serre-Combe, présidente d’Osez le féminisme !, et Christine Mauget, chargée des questions internationales au Planning Familial.

Les signataires dénoncent aussi les « déclarations hostiles aux droits des femmes » de Donald Trump « qui, dès le lendemain de son investiture, a commencé à traduire en actes ses menaces en interdisant le financement d’ONG internationales soutenant l’accès au planning familial et à l’avortement. »

L’idée de déplacer la CSW61 de New-York à Genève fait débat au sein des organisations de défense des droits des femmes. Une semaine plus tôt, l’organisation internationale MADRE la rejetait. Il faut justement défier Donald Trump chez lui, argumentent ses responsables. « La CSW sera la première conférence internationale d’importance depuis l’accession de Trump au pouvoir », et « la déplacer à Genève serait simplement une victoire aux yeux de Trump ». Cela risque aussi « de nourrir l’extrémisme de droite aux Etats-Unis et sa rhétorique anti-ONU ». Qui plus est, cela n’empêcherait pas des participantes d’être exclues, « puisque seuls deux des sept pays visés par l’interdiction de Trump hébergent des ambassades ou consulats suisses qui délivrent des visas ».

Une autre organisation, à l’inverse, a annoncé jeudi 9 février qu’elle ne participerait pas à cette 61ème Commission, pour protester contre la politique de Donald Trump. Pour la WILPF, Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, le « muslim ban » est une atteinte aux principes mêmes des droits humains défendus par les Nations Unies et fait perdre à la CSW sa légitimité.


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Février 2017