Canada – L’enquête sur les femmes autochtones assassinées pourrait inclure les hommes

Les commissaires de l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées explorent la possibilité d’inclure les voix d’hommes et de garçons.

Bien que le cadre de référence de l’enquête ne fasse aucune mention des hommes et des garçons autochtones, les commissaires qui dirigent actuellement une série de rencontres régionales n’écartent pas la possibilité que leurs histoires soient incluses dans l’enquête.

Le directeur des communications de l’enquête, Michael Hutchinson, explique que l’inclusion des hommes et des garçons pourrait aider à mieux éclairer les questions entourant la violence systémique.

« L’enquête se porte surtout sur les femmes et les filles autochtones, mais il y a des moments où leurs histoires sont liées à celles de garçons, affirme M. Hutchinson. Il y a aussi les questions liées à la violence faite aux hommes et aux garçons. Les commissaires explorent donc les moyens de les faire participer. »

Selon lui, l’inclusion d’hommes et de garçons pourrait se limiter à quelques témoignages, ou encore s’étendre à quelque chose de beaucoup plus large.

Lorsqu’on explore la violence faite aux membres de la communauté LGBTQ [autochtone], c’est encore plus difficile de garder les choses séparées.

L’Association des femmes autochtones du Canada assure toutefois que le mandat de l’enquête ne sera pas élargi. « Nous saluons l’inclusion de toutes les voix, a fait valoir l’association dans un courriel envoyé à CBC. Les familles et les membres de la communauté seront invités à partager leurs expériences dans la mesure où l’information est pertinente au mandat global, c’est-à-dire examiner les causes systémiques de la violence, y compris la violence sexuelle, faite aux femmes et aux filles autochtones. »

Une victoire pour certains, une défaite pour d’autres

Cette ouverture de la part des commissaires est une petite victoire pour ceux qui militent pour que le mandat de l’enquête nationale soit officiellement élargi pour inclure les hommes et les garçons.

« Ça me rend vraiment, vraiment heureux », confie Ernie Crey. Sa soeur, Dawn Crey, a disparue du quartier Downtown Eastside à Vancouver en 2000.

« Beaucoup de garçons disparus et assassinés ont des expériences communes [avec les femmes et les filles] qui ont été arrachées de leur communauté », estime Ernie Crey, rappelant que 70 % des Autochtones assassinés sont des hommes.

La directrice générale de Vancouver Aboriginal Transformative Justice Services, Christine Smith-Martin, encense l’inclusion potentielle des hommes et des garçons. « C’est très important parce qu’il y a un nombre croissant de morts [chez les hommes] et on n’y consacre pas suffisamment d’attention. »

Mais pour Gladys Radek, une militante dont la nièce Tamara Chipman a disparu en 2005 le long de la « route des larmes » en Colombie-Britannique, il est important que la présente enquête soit concentrée uniquement sur les femmes. « Il faut avoir une enquête sur les hommes autochtones et je suis prête à les appuyer dans leurs démarches », fait valoir Mme Radek.

Les familles ont mené une lutte longue et difficile pour obtenir cette enquête nationale sur les femmes disparues et assassinées. Si on change ça pour inclure toutes les personnes autochtones, c’est quelque chose de complètement différent.

Mme Radek ajoute qu’il est nécessaire de cibler une problématique spécifique, car la violence faite aux femmes et aux filles est souvent différente de celle faite aux hommes et aux garçons. « Nous vivons tous avec les séquelles laissées par 500 ans de violences de toutes sortes. Mais la violence faite aux femmes est différente parce que nous sommes ciblées pour des raisons sexuelles. »


Copyright – Ici radio canada  par d’Angela Sterritt, CBC Indigenous

Février 2017