France – La dessinatrice turque Ramize Erer récompensée au festival d’Angoulême

La dessinatrice féministe turque Ramize Erer reçoit le prix « couilles-au-cul » du « courage artistique » du festival off de la bande dessinée d’Angoulême, dans le sud-ouest de la France.

Le jury a voulu « rappeler la situation difficile que vivent en ce moment les dessinateurs de presse turcs » et « rendre hommage au courage de cette dessinatrice et à son combat pour la cause des femmes, victimes collatérales de la politique d’Erdogan », le président turc, a indiqué le festival off dans un communiqué.
« Je dédie ce prix à ma mère qui est devenue féministe sans avoir connu ni Virginia Woolf, ni Simone de Beauvoir et qui m’a donné une liberté sans limite et le courage de parler des problèmes et des désirs des femmes et des rapports entre les hommes et les femmes », a dit la lauréate.

Elle a également salué la mémoire de son « ami » Georges Wolinski, dessinateur tué en janvier 2015 dans l’attentat jihadiste contre le magazine satirique Charlie Hebdo, qui lui avait offert « une amitié et un soutien sans limite » à elle et sa famille. Depuis 2010, Ramize Erer publie Bayan Yani, le seul journal de bande dessinée au monde conçu exclusivement par des femmes.

S’attaquant à longueur d’albums (non traduits en français) à la société turque, et tout particulièrement aux relations entre hommes et femmes, l’impertinente dessinatrice n’a aucun tabou. Elle crayonne « des filles modernes qui montrent leur cul et se moquent des mecs », disait d’elle Georges Wolinski qui a fait connaître son travail en France.

Sous son trait, apparemment naïf et ironique, se dissimulent des situations d’une grande violence décrivant l’oppression dont les femmes sont les victimes.

Née en 1963, Ramize Erer est diplômée de l’Académie des Beaux-Arts d’Istanbul. En 1990, elle publie « Sans Moustache », le premier de ses cinq albums à résonance féministe avec son héroïne Kötü Kiz (« La mauvaise fille »).
Dessinatrice militante, elle collabore également au journal satirique LeMan lancé par son compagnon Tuncay Akgün, un autre ami de Georges Wolinski.

L’an dernier, le premier prix « couilles-au-cul » avait été décerné à la Tunisienne Nadia Khiari, auteure notamment des aventures du chat « Willis from Tunis », un félin espiègle et moqueur qui ne respecte rien ni personne sauf la liberté.


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Janvier 2017