Royaume uni – La première ministre Theresa May s’éloigne de l’héritage thatchérien

Angleterre – Finie l’ère du marché libre, la première ministre britannique prône l’interventionnisme pour sortir indemne du Brexit.

Theresa May veut redonner confiance aux investisseurs. Après les avoir déstabilisés la semaine dernière en annonçant la très probable sortie du Royaume-Uni du marché unique, la première ministre britannique a dévoilé lundi une nouvelle stratégie industrielle nationale.

Jeudi, elle avait déjà déclaré au Forum économique de Davos vouloir établir une stratégie qui s’attaque aux faiblesses structurelles et durables de l’économie. «Elle est essentielle si nous voulons promouvoir les avantages du marché libre et du libre-échange. Nous ne pouvons laisser les forces du marché international agir seules ou juste compter sur un accroissement de la prospérité générale, mais nous devrons nous assurer que le libre-échange fonctionne pour tout le monde.»

Interventionnisme étatique

Cette déclaration confirme le tournant politique majeur pris par le parti conservateur et plus encore par un Royaume-Uni rallié depuis près de quarante ans au libéralisme le plus radical dessiné par Margaret Thatcher. Ni David Cameron ni Tony Blair, ses prédécesseurs au 10, Downing Street, n’auraient pu prononcer de tels mots. Héritiers directs de la «Dame de fer», ils étaient fondamentalement opposés à un interventionnisme fort de l’Etat dans la sphère commerciale privée.

La publication de la stratégie, pour le moment ouverte à la consultation, permet de connaître les priorités du gouvernement. L’amélioration de la productivité du pays figure ainsi parmi ses piliers. Et pour cause: en heures travaillées, elle est inférieure de 20% à celle des Etats-Unis, de la France ou de l’Allemagne. Pour ce faire, l’Etat compte sur l’éducation technique. «Nous avons plus de diplômés d’université que la moyenne de l’OCDE mais aussi plus de personnes illettrées et avec un faible niveau de mathématiques», indique le document.

Autre objectif majeur énoncé par Theresa May: «s’assurer que tous les coins du pays partagent les bénéfices de ce succès». Elle entend ainsi décentraliser l’activité économique et créer des pôles industriels spécialisés éloignés de la capitale. Cet objectif passe par l’amélioration des infrastructures nationales, dans un état globalement pitoyable après «un sous-investissement historique».

Investissements industriels

A cela s’ajoutent des investissements industriels renforcés, puisque le pays investirait «chaque année 2 à 3% de PIB en moins que la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis». Cinq secteurs novateurs recevront un tel soutien: les sciences de la vie, les véhicules à faible émission de CO2, la numérisation industrielle, le secteur créatif et l’industrie nucléaire. Les autorités disent enfin vouloir «créer les conditions pour permettre aux entreprises nouvelles de fleurir». Des idées globalement applaudies par les associations patronales mais qui doivent aujourd’hui voir le jour. Sous peine de voir le pays sombrer une fois le Brexit concrétisé.


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Janvier 2017