France – Lutte contre l’anorexie : La « loi mannequin » n’est toujours pas appliquée

La Fashion Week qui s’ouvre lundi à Paris aurait dû avoir un tout autre visage. Le 26 janvier 2016, la loi de santé dite « Marisol Touraine » était promulguée, notamment les articles 19 et 20, connus comme la loi mannequins.

Ils devaient mettre fin à la présence sur les podiums des silhouettes d’une extrême maigreur, et cela au nom de la lutte contre l’anorexie. Pourtant, un an plus tard, rien n’a changé. Et pour cause : les décrets d’application de ces deux articles n’ont pas été publiés au Journal officiel. La loi reste inappliquée.

Candidat PS aux législatives dans l’Isère et ancien rapporteur de la loi à l’Assemblée nationale, Olivier Véran a fait part de son inquiétude au Parisien lundi 23 janvier. « Je n’aimerais pas que l’on ait voté cette loi et qu’elle ne soit jamais appliquée, a-t-il déclaré. Si ça continue, les décrets ne seront jamais publiés avant la fin du quinquennat. Et il y a manifestement un frein quelque part ».

Des lenteurs technocratiques

Du côté du ministère de la Santé, on évoque des longeurs technocratiques. Après une consultation avec les professionnels et l’obtention des avis des autorités de régulation, l’article 19 est entre les mains de la Commission européenne, et devra encore être examiné par le Conseil d’Etat. Au final, cet article qui rend obligatoire la mention « photographie retouchée » sur les images de mannequins dont l’apparence corporelle a été modifiée par des logiciels informatiques devrait être appliqué au cours du premier trimestre 2017.

L’article 20 est dans une situation similaire : il est actuellement consulté par le Conseil d’orientation des conditions de travail (COCT) après avoir reçu un avis favorable de la Haute Autorité de santé. Cet article prévoit pour les mannequins l’obtention d’un certificat médical, assurant notamment que l’indice de masse corporelle (IMC) du modèle est assez élevé. L’IMC est le rapport entre la taille et le poids d’un individu.

« Le regard des gens a changé »

Olivier Véran le reconnaît, « il faut du temps pour voter une loi et il faut encore du temps pour l’appliquer. Je le déplore », a déclaré ce neurologue sur Europe 1. Toutefois, il assure que « le regard des gens et l’attention des médias sur la question a déjà changé ». « On parle de la santé de femmes et d’hommes d’âge jeune, qui sont soumis à des pressions pour perdre du poids, pour être minces et mettent leur santé en danger », a-t-il déclaré sur Europe 1.

Cette loi vise à lutter contre l’anorexie qui touche 30.000 à 40.000 personnes, des adolescentes dans 90% des cas. L’anorexie mentale est l’une des pathologies psychiatriques qui entraîne la plus forte mortalité. Mais le sujet reste tabou dans le milieu de la mode où les mannequins « fil de fer » à la Kate Moss continuent d’être la norme et où l’on fait valoir que certaines jeunes femmes sont naturellement filiformes. « Personne n’a envie de voir des femmes rondes sur les podiums », assénait en 2013 le charismatique créateur Karl Lagerfeld, adepte de déclarations choc sur le sujet.

75.000 euros d’amende

Les employeurs – magazines ou agences – qui ne respecteront pas la loi s’exposeront à des sanctions, pouvant aller jusqu’à six mois d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende.

Israël est l’un des premiers pays à avoir mis en place une loi interdisant le recrutement de mannequins trop maigres. Entrée en vigueur en 2013, cette législation interdit la présence de mannequins dont l’IMC est inférieur à 18,5 dans les médias israéliens ou dans les défilés. L’Espagne, l’Italie, le Chili ou la Belgique ont aussi pris des dispositions législatives ou réglementaires pour lutter contre la maigreur sur papier glacé.


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Janvier 2017