21 janvier – Women’s march : ces marches de femmes entrées dans l’Histoire

Des dizaines de milliers de personnes sont attendues samedi 21 janvier 2017 dans la capitale américaine au lendemain de l’investiture du 45e président des Etats-Unis.

Vendredi 20 janvier, Donald Trump est officiellement devenu le 45e président des Etats-Unis. En réaction à son investiture à Washington, des milliers d’Américains se sont rassemblés dans la capitale et d’autres grandes villes du pays pour protester contre l’arrivée du populiste et controversé milliardaire à la Maison Blanche.

Après des manifestations, parfois violentes, le grand rendez-vous des contestataires aura lieu le samedi 21 janvier, lors d’une « Marche des femmes » autorisée par les autorités. Plus de 200.000 personnes ont annoncé leur intention de participer à cet événement né sur Facebook après un simple appel et qui a depuis fait tâche d’huile.

« Rassemblant des personnes de tous les sexes, âges, races, cultures et étiquettes politiques » inquiètes du discours et des intentions de Donald Trump concernant les minorités, cette marche n’aura pas que des revendications féministes.

Le fait qu’elle ait été impulsée par des femmes rappelle en tout cas d’autres grands défilés d’initiative féminine entrés dans l’histoire, de la France à Israël en passant par l’Afrique du sud ou la Russie.

C’est l’un des événements les plus célèbres de la Révolution française. Le 5 octobre 1789, une foule de milliers de personnes majoritairement menée par des femmes marche sur Versailles, initialement pour protester contre la disette et la cherté du pain. Des violences éclatent, des gardes royaux sont tués et les protestataires ont finalement gain de cause le lendemain.

C’est à cette occasion que Louis XVI ratifie la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et doit quitter Versailles pour s’installer à Paris. La voiture de la famille royale est « précédée par la foule triomphante des émeutiers qui exposent au bout de piques les têtes des gardes tués » rappelle le site Hérodote, ainsi qu' »une cinquantaine de voitures de grains et de farines ».


Organisée le 3 mars 1913, la marche des suffragettes à Washington n’est pas la première du genre de ce mouvement de femmes réclamant le droit de vote, né dix ans plus tôt au Royaume-Uni. Mais comme le souligne l’agence Associated Press, difficile de ne pas faire un parallèle avec celle organisée au lendemain de l’investiture de Donald Trump.

Cette marche entrée dans l’histoire des Etats-Unis (où le droit de vote des femmes sera autorisé en 1920) s’est tenue la veille de l’investiture du président de l’époque, Woodrow Wilson. Un cortège de quelque 8000 femmes, mené par la féministe Inez Milholland – habillée en blanc et montant un cheval pour l’occasion – avait alors marché. En 2020, pour le centenaire de l’événement, le billet de 10 dollars leur rendra hommage.


A l’occasion de la Journée internationale qui se tient alors depuis quelques années, des milliers de femmes marchent le 8 mars 1917 – le 23 février du calendrier julien – à Petrograd, capitale russe de l’époque aujourd’hui connue comme Saint-Pétersbourg. Soutenues par des ouvriers qui les rejoignent en masse, elles réclament d’abord du pain mais les revendications se font aussi plus politiques et anti-guerre.

La grève générale est déclarée et le mouvement prend de l’ampleur jusqu’à ce qu’une partie de l’armée refuse de tirer sur les manifestants et les rejoigne, entraînant l’abdication du tsar Nicolas II. Ce qu’on a appelé ensuite la révolution de février a donc commencé par cette mobilisation de femmes, qui acquièrent le droit de vote dès 1918 à la suite de la révolution d’octobre.


Le 9 août 1956, environ 20.000 femmes sud-africaines manifestent devant le siège du gouvernement à Pretoria. L’objet de leurs protestations? Le régime d’apartheid, et plus précisément la loi imposant un « passeport intérieur » destiné à contrôler les populations noires, à limiter leurs déplacements et notamment leur immigration vers les villes. A l’issue de ce défilé interdit mais qui se tient dans le calme, une pétition est remise au premier ministre sud-africain.

« Nous, les femmes, n’avions aucun droit, confiait une participante de la marche de 1956 à RFI, en 2013. C’est à ce moment-là qu’on a commencé à se battre pour ça aussi », se souvenait-elle. Depuis 1995, le 9 août est un jour férié destiné à commémorer cette manifestation en Afrique du sud (voir ci-dessus Winnie Madikizela Mandela, la femme de Nelson Mandela, marchant le 9 août 2000).


Cette marche de femmes, qui reprend un slogan de travailleuses du textile au début du XXe siècle (et a inspiré Ken Loach), est organisée du 26 mai au 4 juin 1995, à l’appel de la Fédération des femmes du Québec. Il s’agit de défiler à travers la province contre la pauvreté, alors que le Canada est en pleine récession économique et que les femmes sont particulièrement touchées.

La marche du pain et des roses voit 15.000 manifestantes se rassembler devant le l’Assemblée nationale à Québec. Elles obtiennent une hausse (bien que limitée) du salaire minimum, des mesures sur l’équité salariale et une importante couverture médiatique. Un succès à l’origine de la Marche mondiale des femmes organisée le 8 mars 2000, et de la plateforme du même nom qui fédère différentes initiatives féministes à travers le monde.


« Ni de droite ni de gauche, ni religieuses ni laïques, ni arabes ni juives, mais tout cela à la fois », résume Le Monde. En octobre 2016, des marches à l’initiative de l’association Women Wage Peace ont réuni des milliers de personnes, dont de nombreuses femmes, devant la résidence du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Jérusalem.

Leur objectif? Appeler les dirigeants israéliens et palestiniens à négocier pour la paix. « Les femmes pensent différemment. Aux générations suivantes, à la vie », témoignait une participante de ce mouvement né en 2014 lors de l’opération Bordure protectrice dans la bande de Gaza (plus de 2000 Palestiniens tués), qui s’inspire du combat des femmes au Libéria.


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Janvier 2017