Taiwan – Une visite de la présidente Tsai Ing-wen à San Francisco qui inquiète la Chine

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen s’est rendue à San Francisco ce samedi, sa deuxième visite sur le sol américain ce mois-ci. Elle a été accueillie par une foule de sympathisants.

Une visite vue d’un mauvais oeil par la Chine, inquiète des relations qui pourraient se dessiner entre Taïwan et les Etats-Unis, à une semaine de l’investiture de Donald Trump.

Pékin a affirmé que la reconnaissance de la “Chine unique” n’est “pas négociable”, ajoutant qu’elle est “le fondement des relations sino-américaines”.
Message adressé directement au président élu qui avait provoqué des tensions diplomatiques, en décembre dernier, après avoir reçu un appel de la présidente de Taïwan. Et cette semaine, Trump s’est dit prêt à remettre en cause ce principe pour renforcer les relations entre Washington et Taipei.

De vives tensions

Pékin soupçonne la présidente taïwanaise d’œuvrer à la reconnaissance par la communauté internationale de l’indépendance de Taïwan, que la République populaire considère comme une province sécessionniste.

Les tensions entre Pékin et Taipei ont été ravivées au début du mois par la tenue d’un entretien téléphonique entre Donald Trump et la dirigeante taïwanaise.

Pekin contre cette escale

Le ministère chinois des Affaires étrangères a exprimé jeudi le voeu que « les États-Unis respectent la politique « d’une seule Chine » […], n’adressent pas de signaux erronés aux forces indépendantistes taïwanaises et prennent des mesures concrètes pour sauvegarder les relations sino-américaines et préserver la stabilité dans le détroit de Taïwan ».

À cette fin, il convient de ne pas laisser la présidente de Taïwan « franchir les frontières » américaines, a ajouté une porte-parole du ministère lors d’un point de presse. Les tensions entre Pékin et Taipei ont été ravivées au début du mois par la tenue d’un entretien téléphonique entre Donald Trump et la dirigeante taïwanaise.

Depuis la séparation de 1949, Pékin ne reconnaît pas l’indépendance de Taïwan et estime donc qu’il n’existe qu’« une seule Chine ».

Le tourisme en chute nette

La présidente de Taïwan a pris ses fonctions en mai 2016 et Taipeh accuse depuis lors Pékin de chercher à décourager la venue de touristes chinois dans l’île, une mesure déguisée de rétorsion économique.

Des chiffres officiels publiés jeudi semblent confirmer que les efforts de Pékin dans ce sens ont des effets. Depuis mai, le nombre de touristes chinois à Taïwan a reculé de 36,2 % par rapport à la période correspondante de 2015. Pour pratiquement toute l’année 2016, la baisse est de 18,5 %.

De mai à décembre, le nombre de Chinois venus à Taïwan en voyage organisé – des déplacements sur lesquels les agences de voyaqe d’Etat en Chine ont une prise directe car elles délivrent les permis de séjour – est en recul de 51,2 %.

Mise garde de Pekin : « Trump se tirera une balle dans le pied avec Taïwan »

Le futur président américain va s’attirer les foudres de Pékin s’il persiste à vouloir renforcer les relations des Etats-Unis avec Taïwan, considérée comme une île rebelle par la Chine.

Un coup de fil entre la présidente de Taïwan Tsai Ing-wen et Donald Trump a mis le feu aux poudres.

Taïwan est coupé politiquement du reste de la Chine depuis la fin de la guerre civile en 1949. Le territoire se gouverne seul, mais n’est pas reconnu par l’ONU. La Chine interdit ainsi à tout pays avec lequel elle a des relations diplomatiques d’en avoir simultanément avec Taïwan: c’est le principe de la «Chine unique». Mais dans un entretien au «Wall Street Journal» la semaine dernière, Donald Trump a indiqué être prêt à le remettre en cause, estimant que «tout était sur la table, y compris la Chine unique».

A la mi-décembre, M. Trump avait déjà menacé de ne plus reconnaître ce principe, pourtant respecté par les Etats-Unis depuis 1979, lorsque Washington avait coupé ses liens officiels avec Taïwan.

 «Qui que ce soit et quels que soient les objectifs recherchés, si quelqu’un tente de violer le principe de la Chine unique, ou a l’illusion de pouvoir s’en servir comme levier commercial, il fera face à l’opposition générale du gouvernement et du peuple chinois, ainsi que de la communauté internationale», a jugé lundi la porte-parole du Ministère chinois des affaires étrangères, Mme Hua Chunying. «En fin de compte, il se tirera une balle dans le pied», a-t-elle conclu lors d’un point presse régulier, en usant d’une image chinoise signifiant littéralement «s’écraser les pieds avec la pierre qu’on voulait lancer».

Trump attaqué dans la presse chinoise

La reconnaissance de la «Chine unique» n’est «pas négociable», avait déjà indiqué Pékin dimanche dans un communiqué. La diplomatie chinoise est restée relativement modérée depuis les premières déclarations de M. Trump sur Taïwan. Mais la presse tire à boulets rouges sur le milliardaire républicain.

Lundi encore, le journal anglophone officiel «China Daily» a jugé dans un éditorial que le «risible» président élu américain «joue avec le feu» à propos de Taïwan.

«Si Trump persiste à utiliser ce stratagème après sa prise de fonctions, une période de relations houleuses et préjudiciables sera inévitable, car Pékin n’aura d’autre choix que de ne plus prendre de gants», a-t-il souligné, sans autre précision. Le quotidien «Global Times», réputé proche du pouvoir chinois, a, lui, jugé lundi que Donald Trump pourrait faire face à de «fortes mesures de riposte» de la part de Pékin.

Pourquoi Trump joue-t-il la carte taïwanaise?

Dimanche dernier, la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen s’est rendue à Houston pour s’entretenir avec le gouverneur texan Greg Abbot et le sénateur Ted Cruz. Quelle place est réservée à Taïwan dans la politique internationale du nouveau président américain Donald Trump?

La visite de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen à Houston, où elle s’est entretenue avec le gouverneur texan Greg Abbott et le sénateur Ted Cruz, peut être considérée comme un signe expliquant les particularités de la politique américaine en Asie.

Cependant, selon le directeur de l’Institut des relations internationales de l’Université populaire de Chine Wan Iwey, qui évoque ce sujet dans une interview accordée à Sputnik, Tsai Ing-wen devrait se rendre compte que Taïwan n’est qu’une carte jouée par Donald Trump dans les relations sino-américaines.

« Depuis que Donald Trump, après sa victoire à l’élection présidentielle américaine, a eu un entretien téléphonique avec Tsai Ing-wen, le problème constitué par Taïwan n’a cessé de s’accentuer dans les relations sino-américaines. (…) Ayant remporté la présidentielle, M. Trump, d’un côté, joue la carte taïwanaise, et de l’autre, les cartes financière et commerciale », explique l’expert.

Dans le même temps, selon le spécialiste, M. Trump espère qu’il pourra utiliser ses cartes diplomatiques et politiques dans ses relations avec la Chine, y compris au sujet du principe de la « Chine unique ».

« Auparavant, certains chefs de l’administration taïwanaise étaient également en visite aux États-Unis, c’est pourquoi il est important d’indiquer quels responsables et de quels niveaux ont rencontré Tsai Ing-wen. Les espoirs pour une rencontre avec Donald Trump lui-même se sont envolés », souligne l’expert chinois. Le spécialiste signale que si une rencontre avait été tenue avec quelqu’un de l’entourage de M. Trump, y compris au sujet de l’interaction des parties sur des questions précises, alors cela aurait provoqué une protestation de la part de la Chine et aurait nui aux relations sino-américaines.


Revue de presse

Janvier 2017