France – Présidentielle 2017 : l’extrême droite à l’offensive sur les réseaux sociaux

Followers par centaines de milliers, nébuleuse de sites hyperactifs: dans la course à la présidentielle française, l’extrême droite dispose d’une force de frappe inégalée sur les réseaux sociaux, qui lui sert à imposer ses vues et attaquer les rivaux de sa candidate Marine Le Pen.

Depuis la désignation de François Fillon comme candidat de la droite fin novembre, le Front national mène une campagne active sous le hashtag #LeVraiFillon en diffusant quotidiennement certaines de ses déclarations sur l’islam, la situation des étrangers, la réforme de la sécurité sociale… Objectif : le discréditer.

Le parti tire aussi sur Emmanuel Macron, donné dans le peloton de tête de la présidentielle avec François Fillon et Marine Le Pen. « #Macron ministre de l’Économie c’est 400.000 chômeurs supplémentaires », a tweeté jeudi Nicolas Bay, secrétaire général du FN.

« Ca marche du tonnerre, les autres ont beaucoup de mal à riposter, les équipes Fillon n’ont pas l’air très habituées à ça. C’est des opérations qu’on va répéter en permanence », assure David Rachline, le directeur de campagne de Marine Le Pen, pour qui les réseaux sociaux permettent « une relation avec les Français sans filtre ».

Cette communication s’inscrit dans une stratégie ancienne: dès 1996, le Front National fut le premier parti politique à créer son site internet pour contourner les médias traditionnels. Aujourd’hui, les cadres du parti tweetent et postent sans arrêt.

Avec plus d’un million d’abonnés sur Facebook et autant sur Twitter, Marine Le Pen réunit une audience supérieure à celle des autres candidats à la présidentielle et n’hésite pas à l’utiliser pour « s’adresser directement au peuple ».

En Autriche, le parti d’extrême droite FPÖ a lui aussi tablé sur une diffusion massive de ses posts sur Facebook pour la présidentielle de 2016 – qui s’est finalement soldée par la défaite de son candidat. Aux Etats-Unis, « le renversement complet de la place du débat public » a « percuté la campagne de Donald Trump », souligne Benoît Thieulin, fondateur de la Netscouade, une agence de communication numérique.

« L’avantage d’un réseau social, c’est que vous n’avez pas d’opposition. Vous avez votre parole et vous n’êtes pas dérangé par un journaliste qui pourrait contrarier votre discours », note Christian Delporte, expert en communication politique.

Pour élargir son audience, le Front national mène des actions concertées en diffusant sur différents comptes le même message au même moment, comme cette récente série de visuels destinés à démontrer que les idées de Marine Le Pen sont « majoritaires en France », en déclinant chaque proposition avec un sondage favorable.

Impression de masse
Au delà de son propre réseau, le Front national bénéficie aussi de la résonance de la mouvance d’extrême droite, très implantée sur les réseaux sociaux, selon Dominique Albertini, co-auteur de « la Fachosphère », un livre consacré à ce sujet.

Exemple récent, la campagne #FaridFillon, qui dépeint François Fillon comme proche des milieux islamistes – une stratégie déjà utilisée contre l’ex-Premier ministre Alain Juppé pendant la primaire de droite avec le hashtag #AliJuppé.

« C’est ce que dit le FN avec des mots un peu plus choisis d’habitude mais ça va dans le même sens », note Dominique Albertini. Selon lui, la « logique de réseaux » permet au Front National de « recueillir les fruits de ce genre d’opérations sans s’y mouiller » lui-même.

Tout en niant que le FN soit à l’origine de cette campagne, Marine Le Pen alimente le débat: « La vraie question, c’est quelle est la relation de François Fillon aux fondamentalistes islamistes? », a-t-elle lancé, interrogée sur le sujet.

Pendant la campagne présidentielle, les journalistes spécialistes des réseaux sociaux s’attendent à une multiplication des tweets et des hashtags émis par la « fachosphère » pour donner une impression de masse et imposer leurs thématiques aux médias traditionnels. Autres stratégies virales, les citations tronquées ou les faits divers plus ou moins datés permettent de propager des discours nationalistes ou xénophobes.

« En menant une opération de ‘trending topic’ (le sujet qui monte à un moment donné), ils vont arriver à être visibles en dehors de leur propre réseau », explique Nicolas Vanderbiest, auteur du blog Reputatiolab. « Les gens se disent ‘Tiens, c’est quoi ce hashtag’, ils le découvrent et ils sont en contact avec ‘l’information' ».


Copyright L’orient le jour avec AFP

Janvier 2017