France – « Souffle du dragon », la drogue des voleurs se propage-t-elle à Paris et en Ile-de-France ?

« Souffle du diable » ou « souffle du dragon », « poudre zombie » ou encore « baiser du sommeil »… Autant de noms mystiques qui évoquent tous la même drogue : un mélange d’atropine et de scopolamine. Une mixture très répandue en Colombie. Seulement ?

« D’intenses hallucinations délirantes »

La scopolamine est issue du datura, « une plante à longues fleurs mauves ou blanches qui pousse notamment en France » et est « utilisée comme médicament contre le mal des transports », note auprès de 20 Minutes, Laurent Karila, psychiatre addictologue à l’hôpital Paul Brousse (AP-HP) et porte-parole de SOS Addictions. Mais à forte dose, ce produit sous forme de poudre « provoque d’intenses hallucinations délirantes, une perte de contrôle, une amnésie, des crises d’épilepsie et une dépression respiratoire », ajoute-t-il.

Si la scopolamine aurait été utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale par les nazis comme sérum de vérité, elle a plus récemment surgi sous différents aspects à Paris et en Ile-de-France. Mercredi 11 janvier 2017, un homme, Monsieur L, suspecté d’avoir détenu et préparé ce « souffle du diable » passe devant le tribunal correctionnel de Paris.

Un « souffle » bien rôdé

En 2015, deux femmes d’origine chinoise ont abordé dans les rues parisiennes des dizaines de passants – souvent des femmes âgées et asiatiques, selon les enquêteurs – pour demander leur chemin, l’adresse d’un médecin ou encore celle d’un commerçant. Une fois isolées, certaines personnes ont respiré un prétendu mélange de plantes. Elles ont alors sombré dans un état de soumission totale, aux ordres des deux femmes, et sont allées chercher bijoux et argent à leur domicile pour les donner en main propre au duo. Parfois, pour un montant avoisinant plusieurs milliers d’euros.

Quelques mois plus tard, en septembre, les policiers ont interpellé ces deux femmes dans le quartier de Goncourt (10e arrondissement), les ont placées en garde à vue puis ont procédé à la perquisition de leur chambre d’hôtel, à Villepinte en Seine-Saint-Denis. Du matériel pharmaceutique et des produits ont notamment été découverts et un complice arrêté : Monsieur L.

Agé d’une cinquantaine d’années, il est soupçonné d’avoir préparé ce fameux « souffle du diable » à l’aide de scopolamine. Si les deux femmes ont bénéficié d’un non-lieu, selon une source judiciaire contactée par 20 Minutes, Monsieur L. doit s’expliquer ce mercredi devant la justice. Sollicitée, son avocate n’a pas souhaité faire de déclaration.

Depuis cette affaire, un autre groupe de Chinois soupçonnés d’avoir volé deux personnes à l’aide du « souffle du dragon » a étéarrêté à l’aéroport de Roissy et des faits similaires de vols à domicile sans le moindre souvenir ont été remontés auprès de 20 Minutes. Traumatisée, l’une des victimes n’a finalement pas souhaité s’exprimer. Mais le « souffle » lui, semble se propager.

De la scopo dans la coke

A l’été 2016, Drogue Info Service émet une note d’alerte. « Plusieurs cas d’intoxications sévères ont nécessité des hospitalisations en Seine-Saint-Denis concernant des consommateurs habituels de cocaïne par voie nasale. » Analyse faite : Elle a été coupée à la scopolamine.

« Le mélange cocaïne/scopolamine aggrave les effets, les conséquences néfastes de chacun des produits pouvant s’additionner, expliquait Drogue Info Service. Ce mode de préparation extrêmement nocif de la cocaïne entraîne chez les consommateurs des risques majeurs pour la santé pouvant aller jusqu’au coma. » Le TGI de Bobigny a émis une alerte et ouvert une enquête. De son côté, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies  (OFDT) reste en veille.

« La scopolamine n’est pas un produit qui se consomme à des fins “récréatives”. Ce n’est pas non plus un produit de coupe habituel, il s’agissait d’un cas rare d’utilisation de ce produit comme adultérant de la cocaïne sans qu’il soit établi si l’usage de la scopolamine était intentionnel ou non », indique-t-on au sein de l’Observatoire. Et depuis ? Les autorités restent évasives.

« Un produit peu répandu »

Contactés, ni la direction de la police judiciaire, ni le service d’information de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) n’ont souhaité répondre à nos questions. « C’est un phénomène difficile à appréhender », indique une source policière, précisant toutefois que plusieurs affaires « sont en cours ». Une autre source proche des stups fait état d’un « produit qui reste peu répandu dans la capitale ».

Enfin, à la Midelca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) la réponse est claire. Selon eux, « il n’y a pas de circulation de scopolamine en France, ni ailleurs en Europe. Et il n’y a pas de notion actuellement de développement de l’usage de cette substance en Ile-de-France. »


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Janvier 2017