Jill Saward, militante de la cause des femmes victimes de viol est décédée

Angleterre – Cette Britannique avait été violée à 21 ans. Depuis, elle est devenue une militante de la cause des victimes de viol, contribuant en partie à améliorer la législation anglaise.

Malgré elle, son nom restera toujours associé au «Ealing vicarage rape», le viol du presbytère d’Ealing, un quartier de Londres. Jill Saward, une Britannique qui défendait avec ferveur les victimes de viol depuis plus de trois décennies, est décédée jeudi d’un AVC à l’âge de 51 ans à Wolverhampton, en Angleterre. Son viol, très médiatisé, a profondément choqué le public britannique dans les années 80. Cette affaire a même eu des répercussions sur la loi et sur la perception des victimes de viol.

Jill Saward a 21 ans quand une bande de délinquants s’introduit dans le presbytère de son père à la recherche d’argent et de bijoux, tabassent son père et son petit ami de l’époque, et la violent. Outre la brutalité de l’attaque, la couverture médiatique et l’issue du procès, qui s’est tenu en 1987, indignent les Britanniques. Plusieurs personnalités politiques, dont la Première Ministre Margaret Thatcher, critiquent l’indulgence du juge Sir John Leonard. Non seulement les condamnations pour viol sont plus légères que les condamnations pour cambriolage (l’un des accusés a écopé de cinq ans pour le cambriolage, auxquels on ajoute trois ans pour le viol), mais en plus il se fend d’une justification aberrante : «On m’a dit que le traumatisme subi par les victimes n’était pas si terrible». Des propos qui ont fait polémique, et qu’il regrettera amèrement. «Je pense que le juge n’avait aucune idée de l’épreuve que j’avais traversée», dira plus tard à la BBC Jill Saward qui, depuis cette affaire, était sur la ligne de front pour défendre les victimes de viol.

«Jill voulait parler ouvertement de son expérience, elle était incroyablement courageuse et elle est une grande source d’inspiration pour les activistes», explique à Libération Katie Russell, porte parole de l’organisation Rape Crisis, qui soutient les victimes de viol. En 1990, Jill Saward devient la première victime de viol britannique à prendre ouvertement la parole et publie Rape : My Story, un ouvrage dans lequel elle raconte son expérience et évoque en filigrane les failles du système judiciaire. «Directement et indirectement, son cas a entraîné de nombreux changements dans la loi», continue Katie Russell. Au moment de l’affaire, des tabloids ont publié des photos de Jill Saward et ont révélé la scène du crime, des informations qui ont inévitablement permis de l’identifier. «Juste après cette affaire, en 1988, une nouvelle loi a interdit aux médias de révéler l’identité des victimes. À l’époque, cette interdiction ne s’appliquait qu’une fois l’agresseur condamné». Cette même loi permet aux victimes de faire appel en cas de condamnation trop indulgente.

 «Elle a aidé à lever le voile sur un tabou»

En 2013, de nouvelles directives mettent en exergue le préjudice psychologique causé par le viol, une victoire dans le combat de Jill Saward. «Elle a ouvert la voie à la déstigmatisation des victimes et a toujours encouragé les survivantes à ne pas avoir honte, à parler ouvertement de leur expérience. Elle a aidé à lever le voile sur un tabou», affirme Alison Boydell, une amie de Jill Saward avec qui elle a fondé le groupe de campagne JURIES (Jurors Understanding Rape Is Essential Standard) qui milite pour «changer la manière dont les victimes de viol sont perçues et traitées par le système judiciaire». Le «Ealing vicarage rape» fait écho à d’autres cas qui ont fait avancer la loi dans d’autres pays. En France, c’est l’affaire Tonglet-Castellano qui a entraîné une prise de conscience sur le viol. Au cours d’un procès houleux, en 1978, Gisèle Halimi défend deux touristes belges violées par trois hommes (défendus par Gilbert Collard) et qui se retrouvent soupçonnées d’avoir été «consentantes». Deux ans plus tard, le viol devient un crime dans la loi française, et est puni de 15 ans de réclusion criminelle. Plus récemment, c’est le Parlement indien qui a durci les sanctions contre les auteurs d’agressions sexuelles après le viol collectif de New Dehli en 2014 qui a fait les gros titres partout dans le monde.


Copyright Libération par Hélaine Lefrançois

Janvier 2017