Michèle Morgan – Dans sa 97e année, les plus beaux yeux du cinéma se sont fermés définitivement

L’actrice avait reçu le Prix d’interprétation féminine au festival de Cannes en 1946 pour son rôle dans « La Symphonie pastorale ».

Elle était l’une des plus grandes actrices du cinéma français du XXe siècle. La comédienne Michèle Morgan, de son vrai nom Simone Roussel, est décédée mardi 20 décembre à l’âge de 96 ans, a annoncé sa famille.

« Dans sa 97e année, les plus beaux yeux du cinéma se sont fermés définitivement ce matin, le mardi 20 décembre », a annoncé sa famille dans un communiqué.

Michèle Morgan a tourné dans quelque 70 films. Avec ses yeux bleu vert magnétiques et sa séduction un peu distante, Michèle Morgan appartient à la légende dorée du 7e art.

Dans le film « Le Quai des brumes » de Marcel Carmé, sorti en 1938, c’est à elle que l’acteur Jean Gabin murmure une réplique aujourd’hui mythique du cinéma français: « T’as d’beaux yeux, tu sais. »

Le « frigidaire ambulant »

Née le 29 février 1920, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), elle voit dans cette date un signe du destin : « ce privilège de vieillir quatre fois moins vite que les autres est le premier de la longue série de coups de chance que j’ai eus tout au long de mon existence ».

L’actrice débute sa carrière en France à seulement 15 ans, en tant que figurante dans « Mademoiselle Mozart ». En 1937, elle joue aux côtés de Raimu dans « Gribouille » de Marc Allégret, avant d’acquérir la célébrité dès l’âge de 18 ans grâce à « Quai des brumes ».

La mémoire collective garde d’elle sa classe, sa blondeur et, surtout, l’extraordinaire intensité de son regard clair. Elle en hérita le surnom, usé jusqu’à la corde, « d’actrice aux plus beaux yeux du monde ». « Ca m’agace un peu qu’on le répète trop », disait-elle. Pourtant ses mémoires (1977) s’intitulent « Avec ces yeux-là »…

Michèle Morgan avait de l’humour: elle souriait quand on l’appelait le « frigidaire ambulant » ou la « grande bourgeoise ». « Je n’ai jamais eu l’occasion de jouer les femmes sexy. Il faut croire que mon charme ne se trouvait pas dans mes fesses », relevait-elle.

« De cette image est venue ma difficulté à accepter des scénarios de folles vieillissantes qui sombrent dans l’alcool ou l’hystérie sous prétexte qu’elles n’ont plus l’âge de jouer les jeunes premières: il ne faut jamais casser l’image que les gens ont de vous », ajoutait-elle, admettant au passage n’avoir pas tourné que des chefs d’oeuvre.

Élue « actrice française la plus populaire »… à 10 reprises

Elle quitte la France pour les États-Unis au début des années 1940, où elle fait notamment construire la maison de Cielo Drive, à Los Angeles, qui deviendra plus tard tristement célèbre pour être celle du meurtre sordide de Sharon Tate, alors compagne de Roman Polanski, par les disciples de Charles Manson.

À Hollywood où elle poursuit sa carrière, elle manque de peu de tourner dans Casablanca mais épouse en cette année 1942 le comédien américain Bill Marshall dont elle a un fils, Mike (décédé en 2005). Elle tourne toutefois aux États-Unis quatre films – dont « Passage to Marseille » avec Humphrey Bogart – qui n’ajoutent pas grand-chose à sa gloire.

Véritable star, elle a été la première actrice à avoir remporté le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 1946, de retour en France, pour « La symphonie pastorale » de Jean Delannoy, adaptation du roman du même nom d’André Gide. Alors au sommet de sa gloire, elle incarne la femme française distinguée, le contraire d’une scandaleuse, dans laquelle un large public féminin se retrouvait.

Sa carrière connaît une éclipse quand déferle la Nouvelle Vague. On la voit néanmoins dans « Landru » de Claude Chabrol en 1963 et « Le chat et la souris » de Claude Lelouch en 1975.

Elle monte pour la première fois sur les planches dans « Le tout pour le tout » de Françoise Dorin en 1978. En 1982, elle triomphe dans « Chéri » de Colette, et en 1988 dans « Une femme sans histoire » de l’Américain A.R Gurney. En 1993, elle retrouve Jean Marais dans une pièce de Jean Cocteau, « Les monstres sacrés ». Entre-temps, elle joue également dans de nombreux téléfilms.

Michèle Morgan, qui incarnait le glamour à la française, a été élue dix fois par le public « actrice française la plus populaire ».

Elle était, avec Arletty et Danielle Darrieux, une des très grandes vedettes du cinéma hexagonal entre 1940 et 1960 avant de s’éloigner lentement des plateaux de tournage et de trouver de la sérénité dans la peinture, qu’il s’agisse de collages, de gouaches ou d’huiles. Ses oeuvres, qui ne se rattachent pas à un style particulier, ont souvent été exposées : « J’y trouve du calme. Dans le fond, j’ai toujours aimé être seule. Et je n’ai jamais été aussi heureuse qu’avec ma peinture ».

Le réalisateur et scénariste Gérard Oury a été son compagnon pendant près de 50 ans, jusqu’à la mort de celui-ci en juillet 2006. Les deux comédiens se sont rencontrés sur le tournage de « La Belle que voilà » en 1949.

« L’image de la France »

Michèle Morgan « était celle qu’on avait tous envie d’avoir dans nos bras », a déclaré à l’AFP le cinéaste Claude Lelouch qui l’a dirigée en 1975 dans « Le Chat et la souris ».

« Pendant plus de cinquante ans, Michèle Morgan a été l’actrice française la plus importante. Elle restera la star de l’avant-guerre, de la guerre et de l’après-guerre. Dans le monde entier, Michèle Morgan a été l’image de la France », a ajouté Claude Lelouch, « très peiné » par cette disparition.

Le réalisateur loue « son élégance de jeu, sa spontanéité devant la caméra ». « On croyait à tout ce qu’elle faisait, explique-t-il. Elle a été la comédienne que tout le monde voulait pour faire un film à succès. Il fallait avoir Michèle Morgan au générique », selon Claude Lelouch.

Michèle Morgan fut « l’icône élégante et magnifique du cinéma » et « emporte avec elle la splendeur d’une époque dont elle fut la reine », a estimé Brigitte Bardot dans un texte manuscrit adressé mardi soir à l’AFP.

« Michèle Morgan… les mots de Gabin, bien sûr…mais je garde une émotion éternelle pour sa beauté grave dans ‘Les Grandes Manoeuvres' », a réagi de son côté Pierre Lescure, l’actuel président du Festival de Cannes.

Un service religieux a été célébré ce vendredi à l’église Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine. L’inhumation a eu lieu au cimetière du Montparnasse à dans le caveau de famille.


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Décembre 2016