Allemagne – La politique migratoire d’Angela Merkel critiquée après l’attentat à Berlin

Allemagne – La chancelière allemande est critiquée par l’extrême-droite et par des membres de sa propre famille politique depuis l’attentat survenu lundi sur un marché de Noël de Berlin.

Il n’est que 21h15, lundi soir, quand Marcus Pretzell, député européen de l’Alternative für Deutschland (AfD) poste ce message sur Twitter : « Quand est-ce que l’Etat de droit allemand va contre-attaquer ? Quand est-ce que cette maudite hypocrisie va-t-elle s’arrêter ? Ce sont les morts des Merkel ! #Nice #Berlin ».

A ce moment-là, on ignore tout des motifs de l’attaque au camion qui vient d’avoir lieu, il y a à peine une heure, sur la Breitscheidplatz. Pourtant l’élu du parti d’extrême droite AfD est définitif : « Ce sont les morts de Merkel ! ».

Le lendemain matin, sur les lieux de l’attentat, de nombreux Berlinois venus pour rendre hommage aux victimes ou pour constaster l’ampleur de l’attaque connaissent déjà la formule choc du parti d’extrême droite. Bernd, un retraité berlinois l’a entendue à la télévision : « C’est dangereux de dire ça. L’AfD veut diviser l’Allemagne, alors qu’elle l’est déjà depuis un moment ».

Pour Tobias, étudiant de 27 ans à Berlin, « on ne peut pas vraiment dire que c’est la faute de Merkel. C’est difficile de savoir ce qu’il faut faire. Après les attentats de Charlie Hebdo, il y a quand même eu d’autres attentats en Europe. Je ne sais pas trop ce qu’elle aurait pu faire contre ça, on se doutait bien que ça allait aussi arriver un jour à Berlin ». Interrogé par le quotidien Bild, le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière a jugé « odieuse » cette « affirmation aussi cynique qui n’a rien à voir avec la réalité ».

Merkel attaquée par l’extrême droite allemande

Au sein de l’AfD, personne n’a condamné, ni ne s’est distancié de la formule choc employée par Marcus Pretzell, qui se trouve être également le compagnon de Frauke Petry, la dirigeante du parti. Bien au contraire. Depuis lundi soir, Angela Merkel et son ministre de l’intérieur sont sévèrement critiqués par les dirigeants et les membres d’Alternative für Deutschland. Selon eux, la raison principale du drame de lundi soir est la politique migratoire d’Angela Merkel, qui a décidé d’accueillir des centaines de milliers de demandeurs d’asile à l’été 2015.

Ainsi, alors même que la police continuait de mener l’enquête, le vice-président du parti, Alexander Gauland, s’en est pris au gouvernement, mardi : « nous avons encore un cas, où le coupable est un prétendu réfugié », rapporte l’agence de presse allemande (dpa).

Dans un communiqué publié sur le site de l’AfD, Gauland insiste : « Je veux le dire clairement : de telles attaques terroristes ne sont pas des faits isolés. Elles sont directement liées à l’immigration incontrôlée venue des pays musulmans ». Selon lui, l’Allemagne doit reprendre le contrôle de ses frontières pour que les terroristes infiltrés parmi les migrants ne puissent plus commettre d’attentats sur le sol allemand.

Des reproches faits par sa propre droite

Si l’AfD est la principale source d’attaques, elle n’est pas la seule. Ainsi alors que la majorité des partis allemands (à l’exception de l’AfD) faisait part de sa tristesse et de ses pensées pour les victimes de l’attentat, des voix ont commencé à se lever, au sein même de la CDU, le parti que la Chancelière préside depuis 2000, et tout particulièrement de la part de la CSU, son allié bavarois.

Quatorze heures seulement après l’attaque, le président de la CSU, Horst Seehofer a déclaré : « Nous devons aux victimes, à leurs proches et à toute la population de repenser et ajuster l’ensemble de notre politique de sécurité et d’asile ». Si Seehofer parle bien de « nous », il est pourtant clair qu’il vise uniquement la politique d’accueil des réfugiés du gouvernement, à laquelle il s’est toujours montré hostile.

Pour le ministre de l’intérieur du Land de Bavière Joachim Hermann (CSU) : « nous allons devoir répondre à la question, quels risques avons-nous pris en accueillant ce grand nombre de réfugiés dans notre pays ? ».

Au sein du parti d’Angela Merkel, ce sont principalement les propos du ministre de l’Intérieur du Land de Sarre, Klaus Bouillon (CDU), qui ont surpris. Il avait déclaré mardi matin que l’Allemagne se trouvait dans un « état de guerre, même si certaines personnes, qui ne voient que le bon côté des choses, ne veulent pas l’admettre ». Il souhaite que les policiers soient équipés de « matériel lourd » soit « des armes longues, des pistolets et des mitraillettes ». Critiqué par de nombreux membres de son propre parti, Klaus Bouillon est finalement revenu sur sa formule qu’il juge trop « martiale ».

L’accès au droit d’asile a déjà été durci… par Merkel

Si la droite sécuritaire allemande avance qu’il faut « repenser et ajuster » la politique sécuritaire et migratoire du pays, seules quelques propositions sont faites pour l’instant. La CSU aimerait introduire un plafond maximal d’immigration, ce qu’Angela Merkel a toujours refusé. A l’approche des élections législatives de septembre 2017, mais surtout d’une réunion qui doit se tenir début février, où la CSU apporte traditionnellement son soutien au candidat de la CDU, tout laisse à croire que l’attentat devrait servir d’argument pour tenter d’obtenir un conditionnement de la politique migratoire.

L’image d’une Angela Merkel trop ouverte ou trop permissive sur la question de l’accueil des migrants est souvent relayée à l’étranger ou par une partie de la droite sécuritaire allemande.

La Chancelière a pourtant elle aussi durci les conditions d’accès à l’asile et mené une politique de plus en plus sécuritaire sur ce sujet. Après les agressions sexuelles du nouvel an à Cologne, le gouvernement allemand a apporté des restrictions au droit d’asile, en revoyant les conditions du regroupement familial et en donnant un statut limité de réfugiés aux demandeurs d’asile. Après les attentats qui ont eu lieu cet été en Bavière, la Chancelière a reconnu avoir fait des erreurs dans la gestion de la crise migratoire tandis que son ministre de l’Intérieur promettait, après avoir discuté avec les Länder, un arsenal de mesures pour lutter contre le terrorisme, parmi lesquelles un renforcement des effectifs policiers, une surveillance accrue aussi bien dans la rue que sur les réseaux sociaux et la mention d’une possible déchéance de nationalité pour les terroristes.

En octobre dernier, après l’arrestation d’un Syrien de 22 ans, qui prévoyait de commettre un attentat, Angela Merkel avait déjà annoncé que l’Allemagne devrait « faire tout ce qui est humainement possible, y compris modifier nos lois si cela est nécessaire, pour garantir la sécurité des gens ». Après l’attentat du 19 décembre 2016 à Berlin, la chancelière ne semble avoir d’autres choix que de continuer dans cette voie sécuritaire, si elle souhaite être soutenue en vue d’une réélection en septembre 2017.

Copyright 20 minutes avec AFP

Décembre 2016