Représentation politique des femmes, le Liban confirme son statut de cancre

Une seule femme sur trente ministres et un ministère d’État aux Droits de la femme aux mains d’un homme… Il n’en fallait pas plus pour faire éclater la colère des organisations féminines et enflammer les réseaux sociaux dès dimanche soir.

De tous les ministres nommés par des partis dans un gouvernement qui ne compte pas d’indépendants, une seule femme figure dans la part réservée au président du Parlement Nabih Berry : Inaya Ezzeddine, médecin bardée de diplômes et mère de famille, a été chargée du ministère d’État au Développement administratif.

Que l’ensemble des autres partis n’aient pas cru bon de proposer des noms de candidates a laissé bouche bée même les plus pessimistes des militantes engagées. Cerise sur le gâteau : la création d’un ministère d’État aux Droits de la femme confié à un homme, le député Jean Oghassabian (bloc du Futur).

Sur les réseaux sociaux, les commentaires se sont succédé toute la journée. « Une honte! » s’écrie Hala sur Facebook. « Et en plus, un portefeuille des Droits des femmes occupé par un homme », lui répond Monique. « Quel avenir pour les femmes dans une société aussi machiste ? » s’insurge une autre internaute. Il était possible de relever de nombreuses réflexions dans la même veine.

La personne de Jean Oghassabian n’est pas en cause, il est évident, mais l’idée même de sa nomination en a surpris plus d’un(e). Nous n’avons pu le joindre hier, mais il avait réagi en journée à la levée de boucliers provoquée par son nouveau poste. « Je respecte et je comprends les réactions qui appuient ou qui rejettent la nomination d’un homme à la tête de ce ministère », a-t-il dit, se déclarant « ouvert à toutes les propositions ».

La réaction des organisations féminines ne s’est pas fait attendre. Pour Kafa, « le souci de la représentation des communautés au gouvernement a pris le pas sur le souci de représenter la femme ». « Le gouvernement annoncé hier est une honte pour tous les hommes politiques qui ont participé à sa formation », souligne un communiqué de l’association, considérant que « toutes les femmes ont été insultées, et en premier celles qui militent dans les rangs de ces mêmes partis », et qu’une seule femme ministre « ne suffit pas à calmer leur colère ». Et d’ajouter : « Nous ne demandons pas que les droits des femmes soient concentrés en un ministère, mais que la femme accède à la citoyenneté complète par la participation réelle à la vie politique et à la gestion du pays. »
« Il ne faut pas laisser passer cela sans réagir, poursuit le texte. Si nous ne prenons pas position clairement aujourd’hui, plus personne ne nous prendra au sérieux aux échéances prochaines. »

De son côté, le rassemblement « Women in Parliament », qui compte plusieurs organisations, a parlé de « marginalisation de la femme » et de « grande déception après les promesses creuses des chefs de partis ». Il a annoncé le lancement de campagnes sur les réseaux sociaux, avec les hashtags #la-bataille-se-poursuit (al-maaraka-mkafaya) ou encore #nous-ne-nous-tairons-pas (mich-rah-niskot). Le communiqué précise que la principale revendication sera, dans l’immédiat, le quota de 30 % dans le prochain Parlement.


Copyright L’Orient le jour par Suzanne BAAKLINI

Décembre 2016