Cambodge – Les discriminations envers les filles fortement ancrées dans le sport

Les Cambodgiennes ne représentent que 25% des meilleurs athlètes du Royaume, contre 40% en France, et seulement 10% des entraîneurs. Une discrimination vis-à-vis des femmes contre laquelle lutte, depuis 2011, une ONG, Skateistan. De son côté, le gouvernement cambodgien a lancé une campagne pour promouvoir le sport féminin afin d’être prêt à accueillir les jeux d’Asie du Sud-Est, en 2023.

La société cambodgienne est plus conservatrice qu’elle n’y paraît. Elle attend des femmes qu’elles soient: «polies, timides» et soumises à leur époux, comme le recommande un guide de bonne conduite, appelé Chbab Srey, encore enseigné à l’école.

Le gouvernement semble prendre les choses en main pour tenter de changer les mentalités. «Nous avons décidé de faire des athlètes féminines médaillées des modèles pour notre pays, pour notre nation. Nous voulons montrer que faire du sport n’a pas d’impact négatif sur leur vie mais au contraire, que c’est bénéfique», explique Vath Chamroeun, secrétaire national du comité olympique cambodgien. Il déplore «les barrières culturelles» et regrette que «beaucoup de gens pensent encore à tort que si les filles font du sport, elles peuvent perdre leur virginité».

Faire du sport est «un combat»

«Faire comprendre à vos parents et à vos amis que vous êtes une femme mais que vous aimez le sport, est un combat», confie Chov Sotheara, une lutteuse âgée de 33 ans. On pourrait s’en douter, ses partenaires d’entraînement féminines se font rares.

Mais la lutte n’est pas le seul sport déserté par la gent féminine. C’est justement pour aller à l’encontre de cette éducation cantonnant les filles à jouer les seconds rôles toute leur vie que l’association de skateboard Skateistan, installée au Cambodge depuis 2011, milite. L’ONG organise des sessions d’entraînement mixtes pour redonner confiance à celles qui n’osent pas «affronter le regard des garcons». «Nous voulons que les filles développent leurs aptitudes grâce au skate, qu’elles se débarrassent de leur peur. Nous voulons qu’elles soient elles-mêmes et vivent sans la pression de leur famille, de leur entourage», explique Kov Chan Sangva, dite Tin, qui anime les ateliers.

Nary Ly, la première Cambodgienne à avoir participé à l’épreuve du marathon lors des Jeux olympiques, en août 2016 à Rio, connaît bien le problème et l’analyse: «Les sports d’extérieur sont très mal vus pour les femmes car elles sont exposées au soleil. Or, l’idéal c’est d’avoir la peau la plus blanche possible. Et le sport développe vos muscles, ce que les gens considèrent comme peu attirant pour une femme.» Soit le contraire de la vision stéréotypée du corps des femmes censé rester menu et non athlétique.

 

 


Décembre 2016