Liban – Hausse des mariages forcés des mariages forcés auprès des refugiées syriennes

« Une enfant ne peut pas s’occuper d’une enfant« , dénonce l’association Kafa dans Le Monde. Pourtant, selon l’ONG Care, il y a eu une augmentation du nombre de mariages précoces depuis 2011. Même s’il n’y a pas de chiffres officiels, il a été noté une hausse de plus de 50% chez les réfugiées syriennes de 15 à 17 ans.

Comment expliquer ce phénomène ? Le mariage est une étape obligatoire pour ces jeunes filles. Il leur permettrait d’éviter de subir un viol avant la nuit de noces, et de tomber enceinte avant le mariage, ce qui serait perçu comme une honte et un fardeau pour la famille.

Le Monde a réalisé un reportage auprès de ces adolescentes syriennes, réfugiées au Liban. Elles ont fui leur pays d’origine, et ont été mariées de force. Elles n’ont pas eu leur mot à dire, comme l’explique Manar, 16 ans. Elle a épousé un de ses cousins, âgé de cinq ans de plus qu’elle. Arrivée au Liban, elle a dû s’accommoder à sa nouvelle vie, entre les rats qui pullulent dans le camp et l’isolement. Seule, elle ne peut compter que sur le soutien de Jawhar, sa cousine de 16 ans, elle aussi mariée. Jawhar se dit « heureuse d’être enceinte« , car elle « adore les enfants« , mais son mariage l’a traumatisée. « Jawhar pleurait, elle voulait revenir vivre avec ses parents, avec nous« , raconte Fatima, sa cousine.

En Syrie, l’âge légal du mariage est de 17 ans, mais les familles peuvent obtenir une dérogation du juge pour que les filles se marient à partir de 13 ans. « On considère qu’il s’agit d’un abus sexuel« , estime Mira Faddoul, chargée du programme de protection infantile chez Kafa, une ONG qui milite contre les violences faites aux femmes.​

Mais Fatima, tente de tempérer la vision que les Occidentaux peuvent avoir de ces coutumes : « On ne donne pas nos filles pour s’en débarrasser. Dans notre région d’origine, les femmes se marient entre 15 et 20 ans, ensuite elles deviennent trop vieilles« .

La grossesse et l’accouchement, deuxième cause de mortalité chez les filles de 15 à 19 ans

 « La précarité croissante des réfugiés syriens incite certaines familles à marier leur fille jeune adolescente pour avoir moins de bouches à nourrir« , explique Philippe Lévêque, directeur de l’ONG CARE France. Il ajoute : « Les familles syriennes pensent à tort qu’un mariage est la meilleure façon de protéger leurs filles, notamment des abus sexuels« . Alors, pour tenter d’endiguer ce fléau, l’association Kafa anime régulièrement des ateliers dans les camps de réfugiés. Ils portent sur l’isolement, les violences domestiques et les risques de mortalité lors de l’accouchement.

​ »Il faut une prise de conscience pour que cette réalité change. Il faut aussi qu’une loi soit adoptée au Liban, afin que l’âge légal du mariage soit fixé à 18 ans« , plaide Mira Faddoul. Mais dans ce pays très religieux, c’est l’église qui possède l’autorité sur les mariages.

Cependant, certaines femmes tiennent tête aux hommes. Comme Issara, 32 ans, maman de Rahaf, 15 ans. Elle ne veut absolument pas que sa fille vive la même existence que la sienne : « Rahaf ne reproduira pas ce que j’ai vécu. Elle ne se mariera pas avant d’avoir 20 ans, avec un homme capable de lui assurer une vie sereine« .​


Revue de presse avec le Monde

Décembre 2016