Burn out – Des risques non pris en compte par le secteur de la mode

Si les métiers de la «fashion» font rêver, ils génèrent beaucoup de stress chez leurs employés. Des risques de burn-out non pris en compte par le secteur, selon «The Business of Fashion».

Créer du frou-frou, côtoyer du beau monde lors de soirées ultra-select, s’habiller en 100% luxe ou encore se pavaner avec des accessoires dernier cri : dans l’imaginaire collectif, travailler dans la mode est un summum du glamour, à base de strass et de paillettes. Pourtant d’après un article publié par The Business of Fashion, le secteur n’offre pas forcément une «vie en rose». Loin de là.

Pour commencer, le secteur serait un réservoir à heures sup non rémunérées. Selon la spécialiste britannique Caryn Franklin, «la mode demande beaucoup plus d’heures à ses travailleurs que ce qui est indiqué sur leurs contrats. Ils doivent être à l’affût et disponibles 24 heures sur 24». Une dérive qui peut clairement «avoir un impact sur l’équilibre et la sérénité d’une personne».

«Etre parfait et à la pointe des tendances»

Autre source importante de stress, la pression sociale. Dîners, soirées mondaines et autres événements corporate : la «fashion industry» et sa quête concomitante de perfection implique une forme de pression toute particulière. «Il faut être parfait et à la pointe des tendances, tout le temps. Il faut réseauter, aller absolument à telle fête, ou boire un coup avec telle personne… Et après, il faut se lever le lendemain», énumère le docteur Carolyn Mair, psychologue spécialiste de la mode. Des problèmes qui peuvent paraître dérisoires, comparé à ceux induits par d’autres corps de métier – faire la fête, c’est pas la mine. Il est néanmoins «très difficile de maintenir un tel niveau d’énergie, de mode de vie mais aussi de créativité».

D’après un article du Telegraph, exercer un métier créatif induirait 25% de risques supplémentaires de tomber dans la maladie mentale (folie, stress, burn-out etc.). Impossible de ne pas penser aux cas des créateurs John Galliano, Alexander McQueen ou encore Christophe Decarnin. Sans compter les nombreux mannequins passés par la case dépression : Cara Delevingne, Kate Moss, Adwoa Aboah…

Management ultrapyramidal

Mal du siècle notoire, le stress au travail sévit dans tous les secteurs. Une étude des universités américaines Harvard et Stanford a estimé qu’il coûtait 210 milliards de dollars (environ 198 milliards d’euros) par an aux Etats-Unis. Mais l’industrie de la mode accuserait un retard dans sa prise en compte, qui passe par exemple par des campagnes de prévention contre l’excès de stress. A quand des salles de détente pour les salariés, comme de plus en plus d’entreprises en mettent en place, à commencer par les géants Apple et Google ? Sachant que depuis plusieurs années, le nombre de collections et de pièces à réaliser par an ne cesse d’augmenter, et que la crise économique que subit le secteur entraîne un investissement de plus en plus intense de la part des fashion workers. Un cercle vicieux est à l’œuvre : plus de pression, plus de travail, donc davantage de stress qui engendre lui-même des dommages économiques…

Or le sujet reste tabou. Comme le décrypte sur son blog Sophie Abriat, une ancienne étudiante en mode, à propos des burn-out dans les maisons de créateurs : «D’une manière générale, on ne veut pas parler de ce qui se passe réellement en interne. De l’organisation et du management des maisons, parce qu’il faut faire rêver, mais aussi peut-être parce qu’on a du mal à moderniser les processus et que le management en interne reste ultrapyramidal. La mode est un univers difficile d’accès car maintenu à distance. Peu d’informations percent la lourde cloison du secret».


Copyright Next Liberation par Manon Le Roy Le Marrec – Getty image

Décembre 2016