Pakistan – Justice sera-t-elle rendue à Qandeel Baloch ?

Qandeel Baloch avait été étranglée par son frère qui voulait laver « l’honneur » de sa famille. Il vient d’être inculpé et continue à plaider « non coupable ».

On l’avait surnommée la « Kim Kardashian pakistanaise ». Qandeel Baloch, de son vrai nom Fouzia Azeem, était devenue célèbre sur les réseaux sociaux pour ses déclarations et ses selfies audacieux. La jeune femme multipliait les provocations, une manière d’accéder à la notoriété, mais pas seulement : son discours, clairement féministe, souhaitait bousculer un Pakistan très patriarcal. Une attitude controversée à laquelle son frère Muhammad Waseem avait mis un terme sanglant. Il avait étranglé sa sœur en juillet et revendiqué son acte après son arrestation, affirmant qu’elle avait couvert de honte sa famille.

Féministe

La célébrité de la jeune femme, qui venait d’être retenue pour une émission de télé-réalité, était la seule source de revenus de sa famille. « Ce n’est pas la première célébrité étiquetée à la fois sex-symbol et mauvaise femme, expliquait au moment de son meurtre Faiza Mushtaq, une sociologue de Karachi, à Libération, mais c’était la seule à assumer un discours si clairement féministe. Pour cela, elle était la cible d’une haine au vitriol, véhiculée par une vision du monde culturelle et religieuse profondément misogyne et conservatrice. »

Qandeel Baloch s’était notamment fait connaître pour avoir proposé de faire un strip-tease en l’honneur de l’équipe de cricket pakistanaise, et célébré la Saint-Valentin, contre l’avis des autorités, par une vidéo en robe rouge écarlate au décolleté plongeant. Par un selfie, elle s’était aussi moquée d’un mufti, qui, face au scandale, avait dû démissionner d’une instance religieuse. La jeune femme avait affirmé avoir été la cible de ses menaces.

L’accusé plaide « non coupable »

Sa mort fera-t-elle bouger les choses ? Son assassin a été présenté à un tribunal de Multan, ville où habite la famille dans le centre du pays, aux côtés de son cousin Haq Nawaz, accusé de complicité par la police. Un autre complice présumé, le chauffeur de taxi Abdul Basit, est actuellement en liberté conditionnelle. « Le juge a inculpé les trois hommes, et ajourné l’audience au 8 décembre », a indiqué mardi un magistrat à l’AFP sous couvert d’anonymat. Il a ajouté que l’accusé avait plaidé « non coupable ».

Waseem avait assuré à la presse en juillet n’avoir aucun remords pour son acte, qualifiant le comportement de sa sœur d’« intolérable ». Son meurtre avait relancé les appels à durcir la loi punissant les crimes commis au nom de l’honneur, qui permettait au meurtrier, souvent un proche, d’échapper à toute peine en obtenant le pardon des autres membres de la famille.

En octobre, le Parlement a fini par adopter une nouvelle loi visant à empêcher tout pardon pour les meurtriers ayant agi au nom de l’honneur, mais des critiques soulignent que cette loi comporte toujours d’importantes lacunes. Selon Kamal Siddiqi, le directeur du quotidien L’Express Tribune cité par Libération, « le plus gros défi n’est pas de faire voter les amendements, mais de les mettre en œuvre ».


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Décembre 2016