Entretien avec Mahé ELIPE, figure montante du photo-reportage social

Paris, France – A vingt-cinq ans, Mahé ELIPE compte au rang des rares femmes photo-reporters. Lauréate du concours Photo Magazine en 2014, le talent de cette jeune française lui a valu des récompenses dès ses premières expositions : Coup de cœur du Festival Circulation en 2013; Seconde Sélection du concours Photo Magazine en 2013. Mahé ELIPE nous parle de son métier.

Un choix de métier est né d’une passion: la photographie.
Auto portrait Mahé Elipe

Plus jeune, lorsque l’on me demandait : « que veux-tu faire de ta vie? »

La réponse était claire je voulais pouvoir combiner le voyage, l’art et les rencontres. Le photo-reportage coulait donc de source.
J’ai commencé ma carrière en tant qu’assistante Photo dans le monde de la mode, tout en travaillant en parallèle sur mes premiers reportages sociaux et documentaires de manière indépendante.
J’adore le fait d’être sans cesse en mouvement, rencontrer à chaque fois des personnes différentes qui m’apprennent toujours plus sur ce qui nous entoure. C’est notamment au fil de mes voyages, en Europe de l’Est en 2014, ou encore aux Etats-Unis et en Amérique Latine en 2016 que je tente de retranscrire par l’image, un peu de l’histoire des sujets que je rencontre.
En octobre dernier je suis rentrée dans l’agence Hans Lucas notamment grâce au dernier reportage que je venais d’effectuer au Mexique sur Las Patronas (Un groupe d’une quinzaine de femmes de l’État de Veracruz, qui depuis 1995 vient en aide aux migrants qui tentent un long et périlleux voyage vers les États-Unis à bord des trains de marchandises.)

Sélection de la série sur Las Patronas
  
Je pense qu’un photographe se retrouve confronté aux mêmes problématiques que ce soit un homme ou une femme.
Bien que les femmes soient moins visibles sur le terrain, elles sont présentes et se donnent autant si ce n’est plus pour percer. A mes débuts, j’étais persuadée qu’être une femme dans ce genre de métier serait un handicape. Aujourd’hui je peux dire que c’est plus qu’une chance, car je dirais que les gens vous font peut être plus facilement confiance.

Sélection Série « L’identité dans l’intimité
  
Néanmoins, nombreuses sont les fois où, quand je décide de partir seule en reportage dans un pays étranger et même en France j’entends toujours me dire “tu ne vas pas y aller seule ? “ « ça risque d’être dangereux pour une fille” …
A vrai dire je ne vois pas en quoi ça serait plus difficile pour une femme tant qu’on est débrouillard, je pense que on peut tous atteindre les mêmes objectifs.

Mes mots d’ordres sont le social, l’art et la communication, je m’interroge beaucoup sur la place de l’humain dans la société.  Je choisi mes sujets au fur et à mesure de mes rencontres. Ce que je vis m’intéresse sur le moment, ça peut partir d’un pays, d’une info, d’une personne ou d’une histoire… J’essaie de construire mes images en me nourrissant de la culture de ceux que je photographie et des gens que je rencontre.
Série sur l’enfance dans les camp de Roms à paris copyright Mahé ELIPE
Cependant, la place de la femme dans la société reste un fil rouge dans la majorité des reportages que j’effectue. Je reste toujours fasciné de les forces inépuisables qu’elles sont capables de mettre à profit, et ce dans n’importe quelle partie du monde et quelque soient leurs cultures.
Je suis sur la construction d’un reportage sur la force féminine en milieux agricole.
Je viens de finir la France le but serait de le décliner sur tous les continents, mais c’est un travail d’archive qui demande d’être fait sur plusieurs années.
Sélection Série sur la force féminine en milieux agricole France (image de gauche) – Mexique (image de droite)
  

Je repars pour le Mexique en janvier pour un sujet les femmes pratiquant la « lucha libre » avant d’aller en Honduras pour faire un reportage sur la violence faite aux femmes. L’Honduras compte plus de 120 000 cas de violences domestiques dans un pays avoisinant les 8 Millions d’habitants. C’est énorme et je pense qu’il est primordial de faire valoir les droits de ces femmes et surtout faire en sorte de leur donner la parole pour tenter de réduire ce chiffre.


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Décembre 2016